AFRETAIL 2026
Forum du Retail et de la Franchise en Afrique
30 juin 2026 | Espace Saint-Martin, Paris
Interview Exclusive
À l’approche d’AFRETAIL 2026, le forum du retail et de la franchise dédié à l’Afrique qui se tiendra le 30 juin 2026 à Paris, Africa Franchise Forum Magazine a eu l’honneur de s’entretenir avec Cécile Walter, Managing Director d’Eurelia (devenue Procos International le 17 juin 2026), la division internationale de la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos).
Co-organisatrice d’AFRETAIL depuis sa création en 2024, Cécile Walter apporte la caution institutionnelle, la rigueur analytique et le réseau Procos à un événement dont elle est l’un des cerveaux fondateurs. Spécialiste depuis plus de deux décennies de l’accompagnement des enseignes françaises et internationales dans leur expansion hors de l’Hexagone, elle pilote une équipe d’experts qui analysent les marchés retail dans plus de 20 pays.
Entre lecture macroéconomique, réalités de l’immobilier commercial, choix de la Côte d’Ivoire comme pays à l’honneur et avenir des échanges retail Afrique-Europe, elle livre une analyse sans filtre des enjeux de l’expansion sur le continent.
Interview réalisée dans le cadre du partenariat médias AFRETAIL 2026 × Africa Franchise Forum Magazine
FICHE INTERVENANTE
Intervenante : Cécile Walter
Fonction : Managing Director
Structure : Procos International (ex-Eurelia)
Événement : AFRETAIL 2026
Rôle : Co-organisatrice & Experte
Expertise : Expansion internationale, Immobilier commercial
Expertise et lecture de l’Afrique
Procos International suit depuis plus de trois décennies l’expansion internationale des enseignes françaises. À quel moment l’Afrique est-elle passée du statut de marché exotique à celui de marché stratégique dans les feuilles de route des retailers que vous accompagnez ?
Les enseignes françaises ont d’abord privilégié les pays frontaliers, puis rapidement les pays d’Europe centrale.
Suite à la maturité de ces marchés en termes de maillage et de concurrence, elles se sont alors intéressées aux Émirats Arabes Unis et au Maghreb et en Égypte pour des raisons de pouvoir d’achat pour le premier, pour son histoire et sa proximité culturelle pour le second.
L’Afrique Sub-saharienne s’est naturellement positionnée comme suite logique du développement des enseignes déjà présentes en Afrique du Nord qui ont suivi des enseignes et opérateurs leaders comme Carrefour et CFAO.
Quand vous comparez les marchés africains à d’autres marchés émergents que vous avez étudiés (Europe de l’Est, Moyen-Orient, Asie du Sud-Est), qu’est-ce qui est fondamentalement différent dans la structure du retail africain ? Qu’est-ce qui, au contraire, est universel ?
Une concurrence encore faible, offrant un atout majeur pour les enseignes internationales en termes de prise de marché ; néanmoins, des lieux de commerce indépendants et informels très puissants.
Des lieux de consommation différents de l’Europe, forçant les commerçants à comprendre et à s’adapter avant de s’installer.
Car un copier-coller ne marche pas, il faut prendre en compte les températures différentes, le sourcing local et les ressources humaines disponibles ou non. Ex : on ne conserve pas son vin de la même façon, tout doit être pensé en amont.
L’Afrique sub-saharienne est encore au début de sa structuration en matière de commerce. Les pays des régions du Monde mentionnées ci-dessus sont désormais des pays matures avec une offre commerciale dense au niveau régional permettant le développement des réseaux d’enseignes au-delà de la seule capitale.
Il y a 30 ans, la Pologne était encore peu développée en matière de commerce. Aujourd’hui, c’est un des pays avec la plus forte densité commerciale et les enseignes y souffrent parfois de cannibalisation d’un site à un autre sur une même ville.
Eurelia dispose de bases de données sur les projets commerciaux et les sites majeurs à travers le monde. Qu’est-ce que ces données disent de la Côte d’Ivoire en 2026 : est-ce un marché dont les données immobilières commerciales sont suffisamment fiables et exhaustives pour guider une décision d’implantation ?
La Côte d’Ivoire fait partie des pays d’Afrique les plus plébiscités par les enseignes internationales pour sa lecture simple de son paysage commercial et une offre aux standards internationaux qui rassure.
Quels sont les indicateurs « macro » que vous regardez en priorité avant de conseiller une enseigne sur un marché africain : PIB, croissance de la classe moyenne, densité urbaine, taux de bancarisation, infrastructure logistique ? Y a-t-il un indicateur que l’on sous-estime systématiquement ?
Oui, tous ces indicateurs sont clés. Le pouvoir d’achat, le salaire moyen net et le poids de l’économie informelle sont des données essentielles pour permettre de comparer les pays entre eux et d’évaluer la clientèle réelle.
Et évidemment la structure retail réelle. Existe-t-il une offre de rues marchandes, des retail park ou des centres commerciaux régionaux. Les concurrents sont-ils déjà présents ?
Il faut également le nombre d’habitants ; regarder la structure de villes moyennes pour connaitre le potentiel d’un réseau au-delà de la capitale.
Certaines enseignes se bornent à un magasin flagship dans les capitales du monde, mais ce n’est pas la majorité. Pour être rentable à l’international, la plupart doivent ouvrir plusieurs points de vente.
Modèles d’implantation et stratégies gagnantes
Plusieurs enseignes représentées à AFRETAIL ont tenté l’Afrique et ont échoué silencieusement. Sans nommer les acteurs, quels patterns d’échec observez-vous le plus fréquemment ? Y a-t-il des erreurs de débutant qui persistent ?
Les principaux échecs que j’ai pu observer proviennent d’un rythme de développement surévalué (soit dans la durée avec des ambitions très court termistes, soit en nombre de points de vente), d’exclusivité dans les partenariats, d’un manque d’investissement de la part de la direction ou de la difficulté rencontrés dans les flux de devises ou de marchandises.
La notion de « partenaire local de confiance » est citée comme condition sine qua non. Mais comment identifier ce partenaire ? Quels critères — au-delà du carnet d’adresses — permettent de valider la solidité d’un distributeur local africain ?
Il existe des cabinets de compliance qui permettent de finir de valider le contrat avec le partenaire repéré. Certaines enseignes ont d’ailleurs dû se retirer au termes de longues négociations du fait de partenaires avérés peu éthiques en matière d’affaires.
Mais rien ne remplacera les rencontres physiques sur le terrain, le bouche à oreille, les événements comme AFRETAIL pour connaitre les acteurs et commencer à se faire confiance.
La marque doit apporter un soutien permanent à son partenaire pour une relation win-win, où le partenaire est le point névralgique du développement, et elle doit pouvoir sentir en retour que son concept sera exploité fidèlement et sur le rythme de développement évalué conjointement selon le potentiel réel sur le terrain.
Côte d’Ivoire comme cas d’école
La Côte d’Ivoire est choisie comme pays à l’honneur d’AFRETAIL 2026. Qu’est-ce que les études Eurelia révèlent sur le marché retail ivoirien qui justifie ce positionnement ? Quels sont ses atouts différenciants par rapport à d’autres marchés francophones comme le Sénégal, le Cameroun ou le Maroc ?
Avec 28,9 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire est le 3ème pays d’Afrique de l’Ouest, derrière le Nigeria (229,2 millions) et le Ghana (34,7 millions), avec 15 villes de plus de 100.000 habitants.
Le pays possède le PIB/habitant le plus élevé d’Afrique de l’Ouest avec 2.486 USD/hab. (en PPP), le pays se classe également au 13ème rang en Afrique subsaharienne.
Au-delà de ces chiffres macro-économiques favorables, c’est la structure commerciale qui est intéressante et l’implantation d’enseignes alimentaires et non-alimentaires internationales : City Sport ; Aldo ; Mr Bricolage ; Celio ; Kiabi ; Jules ; Gifi ; Decathlon ; Yves Rocher ; Fnac ; Alain Afflelou ; Aldo ; Samsung ; Canal + ; Orange ; Gémo ; Midas ; Lacoste ; Carré Blanc ; Maison 123 ; Courir ; Etam ; Guinot ; Levi’s ; Burger King ; KFC ; Paul ; La Croissanterie…
Dans un pays où le revenu moyen est de 218 USD/mois et où le commerce traditionnel représente encore 80% du marché, le développement des centres commerciaux modernes en Côte d’Ivoire est-il à ses débuts ? Quels projets observez-vous ?
Dans un pays où le revenu moyen est de 218 USD/mois et où le commerce traditionnel représente encore 80% du marché, le développement des centres commerciaux modernes en Côte d’Ivoire est encore à ses débuts et est pour l’instant limité à sa capitale économique Abidjan.
Toutefois, il existe des infrastructures de qualité. Abidjan compte ainsi plus de 8 centres commerciaux modernes au total. 3 d’entre eux se situent le long du boulevard Valery Giscard d’Estaing dans la commune de Marcory, un axe routier majeur de la ville.
On y retrouve notamment le centre leader CAP SUD de Prosuma, centre qui se rapproche le plus des standards internationaux de par sa modernité, son offre d’enseignes internationales et la diversité de son offre (commerces, loisir, restauration).
La présence institutionnelle ivoirienne à AFRETAIL 2026 (GUDE-PME, GUCE-CI, Côte d’Ivoire Export) est-elle un signal de maturité du marché ou une stratégie de communication politique ? Comment les enseignes privées doivent-elles lire cet engagement ?
C’est signe que la Côte d’Ivoire n’est pas un pays isolé et inaccessible.
Au contraire, sa présence sur AFRETAIL démontre son ouverture à la fois pour attirer des nouvelles enseignes innovantes aux fins de ses consommateurs et aussi pour promouvoir les leaders commerciaux ivoiriens en Europe. Cela s’inscrit dans l’ADN d’AFRETAIL de créer des ponts à double sens entre l’Afrique et l’Europe.
La Côte d’Ivoire travaille activement avec la Fédération Ivoirienne de la franchise pour créer un cadre juridique rassurant pour les décideurs internationaux.
AFRETAIL — Bilan et ambition
Procos représente plus de 300 enseignes membres. Combien d’entre elles ont franchi le pas de l’engagement africain depuis la création d’AFRETAIL ? Est-ce que l’événement a modifié la perception de l’Afrique au sein du réseau Procos ?
On observe différents stades de maturité chez les enseignes : celles qui sont déjà convaincues par le potentiel de l’Afrique, sans être totalement naïves sur les challenges que cela implique (logistiques, partenariaux, d’adaptation…) et celles qui se posent encore la question de passer le pas.
AFRETAIL permet aux enseignes internationales de mieux appréhender l’Afrique, aux franchisés africains de mieux comprendre les enjeux des franchiseurs internationaux et aux 2 de se rencontrer en un lieu unique.
Pour les enseignes encore en phase de réflexion, AFRETAIL permet de les rassurer ou de comprendre si elles ont un réel potentiel ou non.
C’est pour cette raison que nous avons innové cette année avec un badge Enseigne Visiteur pour les marques qui se posent encore la question mais ne sont pas encore en phase de prospection active de partenaire.
Tendances et avenir du retail africain
Le e-commerce africain est souvent présenté comme un concurrent ou un raccourci pour les enseignes qui hésitent à ouvrir des points de vente physiques. Est-ce une réalité ou une illusion ? Le digital peut-il remplacer la présence terrain en Afrique ?
Cette question est souvent posée. Je vous invite justement le 30 juin prochain à Paris pour écouter la keynote que je modère : « Le digital et les réseaux sociaux vont-ils tuer les magasins physiques ? Le cas de Instant Beauté, plateforme beauté de L’Oréal ».
Petit indice quand même, on a longtemps dit que c’était la fin du commerce physique en Europe avec le e-commerce. Force est de constater que l’un ne peut plus vivre sans l’autre mais que les deux sont complémentaires.
La question des ressources humaines locales — recrutement, formation, fidélisation — est-elle correctement anticipée par les enseignes qui s’implantent ? Ou découvrent-elles ce problème à leurs dépens, une fois sur le marché ?
Je ne crois pas que ce point soit suffisamment anticipé par les directions internationales. Quand une enseigne décide de se lancer sur un nouveau territoire, elle a souvent analysé le mode de développement (partenaire, propre, autre), les partenaires, le contrat (durée, mode de facturation, support au partenaire…), les priorités pays à court / moyen / long terme et le compte d’exploitation.
Mais c’est sur le terrain qu’elle réalise les défis de la disponibilité des ressources humaines, de leur qualification et formation.
Quel message adressez-vous aux décideurs européens qui regardent AFRETAIL de loin, intrigués, mais qui ne se décident pas encore à passer à l’action sur l’Afrique ?
Je leur dirai de prendre leur temps pour bien analyser le potentiel (en nombre de magasins, en positionnement prix, en sourcing local en rapatriement des devises…), d’échanger avec leurs paires pour comprendre les principaux freins pour réussir ou les difficultés rencontrées.
Le modèle de la franchise est récent en Afrique. Rien ne presse, mais les pionniers l’ont compris, il existe un réel potentiel.
Dans votre vision, à quoi devrait ressembler le partenariat retail Afrique-Europe dans dix ans ? Est-ce un rapport encore dominé par les capitaux et les marques européennes, ou voyez-vous émerger de vraies enseignes africaines capables de conquérir l’Europe ?
Je suis convaincue que la « vieille Europe » a des concepts très forts mais qu’elle n’en a pas l’exclusivité.
J’ai pu voir en Inde, en Turquie, en Scandinavie, en Pologne de très belles réussites qui dépassaient leurs propres frontières, comme par exemple LC Waikiki, le groupe LPP… La marque marocaine de prêt-à-porter féminin Marwa est d’ailleurs un bon exemple avec son offensive européenne et le retour en France l’an dernier.