AFRETAIL 2026
Forum du Retail et de la Franchise en Afrique
30 juin 2026 | Espace Saint-Martin, Paris
Interview Exclusive
À l’approche d’AFRETAIL 2026, le forum du retail et de la franchise dédié à l’Afrique qui se tiendra le 30 juin 2026 à Paris, Africa Franchise Forum Magazine s’est entretenu avec Thomas Dhersigny, représentant d’AGL (Africa Global Logistics), filiale logistique du groupe MSC.
Partenaire clé du retail africain, AGL apporte une expertise logistique de bout en bout, de la production jusqu’au dernier kilomètre. Avec une présence historique en Côte d’Ivoire depuis 2004 et des investissements massifs dans les infrastructures portuaires et logistiques, AGL accompagne les enseignes internationales et locales dans leur développement sur le continent.
Entre maturité logistique d’Abidjan, innovations du dernier kilomètre, chaîne du froid et accompagnement des champions locaux, Thomas Dhersigny livre un décryptage expert des enjeux logistiques qui déterminent le succès du retail en Afrique.
Interview réalisée dans le cadre du partenariat médias AFRETAIL 2026 × Africa Franchise Forum Magazine
FICHE INTERVENANT
Intervenant : Thomas Dhersigny
Fonction : Représentant AGL
Structure : Africa Global Logistics (AGL)
Événement : AFRETAIL 2026
Rôle : Partenaire logistique
Expertise : Supply chain retail
AGL et la logistique du retail africain
Pour une enseigne de retail qui veut s’implanter en Côte d’Ivoire, qu’est-ce qu’AGL apporte concrètement ? Quel maillon AGL peut-il prendre en charge de bout en bout ?
Ce qu’AGL apporte de distinctif, c’est sa capacité à gérer toute la chaîne, de bout en bout : depuis la sortie d’usine, à l’origine, jusqu’au point de destination final, c’est à dire la mise en rayon dans le point de vente.
Une enseigne peut nous confier un seul maillon — par exemple le dédouanement et l’entreposage — ou bien l’intégralité de sa supply chain.
Parmi nos références majeures sur le retail en Afrique, il y a le projet que nous menons avec CFAO Retail pour Carrefour, CFAO étant le représentant de l’enseigne dans le pays. On y opère un entrepôt dédié, du cross-dock surgelé et réfrigéré, le dédouanement aérien et maritime, et le dernier kilomètre.
Et puis AGL est une filiale du Groupe MSC, premier armateur mondial — ça nous ajoute un maillon de plus, le transport maritime, sous notre propre contrôle, et surtout ça nous connecte à un réseau global : on relie l’Afrique au reste du monde, et inversement.
Notre présence est historique : nous opérons le port d’Abidjan depuis 2004, avec des équipes très majoritairement ivoiriennes.
L’évolution des habitudes de consommation alimentaire en Côte d’Ivoire appelle une logistique de plus en plus exigeante : le frein logistique est-il pour autant le même d’un pays africain à l’autre, et certains marchés sont-ils déjà suffisamment matures pour accueillir des réseaux de franchise exigeants ?
L’Afrique reste l’une des zones de croissance les plus dynamiques au monde — autour de 4 % de croissance économique attendue en 2026 — et le secteur FMCG en profite directement, porté par la démographie, l’urbanisation rapide et la montée d’une classe moyenne urbaine. Tout ça transforme les habitudes de consommation — plus de demande pour le frais, le surgelé, des produits de qualité, et l’essor des formats modernes comme les enseignes organisées.
Pour répondre directement à votre question : non, le frein logistique n’est pas le même partout. Certains marchés, comme la Côte d’Ivoire, ont déjà une base suffisamment structurée — ports, infrastructures, chaîne du froid — pour accueillir des réseaux de franchise exigeants. D’autres marchés restent dominés par un commerce informel et très fragmenté : livraisons fréquentes, petits volumes, forte implantation locale. Et c’est justement là, face à une classe moyenne jeune et connectée qui veut de la variété et de la praticité, que la logistique devient un facteur clé pour réussir une implantation.
Une tendance de fond à souligner : l’émergence de champions locaux. Après des décennies de dépendance à l’importation, des industriels locaux — parfois de petites structures au départ — deviennent des champions nationaux, puis régionaux. La société sénégalaise Patisen, par exemple, concurrence directement Nestlé. Sur les boissons comme sur les produits de grande consommation, des acteurs locaux grignotent des parts de marché aux multinationales, année après année.
Côté réponse logistique d’AGL en Côte d’Ivoire : nous avons l’Aérohub d’Abidjan, qui assure le transport rapide des produits périssables en maintenant la chaîne du froid à l’import comme à l’export.
Logistique et expansion des enseignes en Côte d’Ivoire
Abidjan est-elle logistiquement mature pour accueillir des chaînes de distribution modernes ? Qu’est-ce qui la distingue de Dakar, Accra ou Lagos ?
Oui, la Côte d’Ivoire est logistiquement mature pour accueillir des chaînes de distribution modernes — et c’est la modernisation du port d’Abidjan, son principal point d’entrée, qui a porté cette évolution. En 20 ans, les volumes de conteneurs manutentionnés y ont doublé, pour atteindre 1,8 million d’EVP en 2025, avec plus de 40 millions de tonnes de marchandises traitées en 2024.
AGL a joué un rôle déterminant dans cette modernisation : près de 450 milliards de FCFA investis dans les deux principaux terminaux que nous opérons — Abidjan Terminal depuis 2004, et Côte d’Ivoire Terminal depuis 2022 — capables d’accueillir les plus grands porte-conteneurs, jusqu’à 24 000 EVP.
Un atout distinctif d’Abidjan : au-delà de son propre marché, le port joue un rôle de porte d’entrée et de corridor naturel pour des pays du Sahel, notamment le Burkina Faso et le Mali.
Quelles solutions innovantes AGL a-t-il déployées pour le « dernier kilomètre » dans les grandes villes africaines denses comme Abidjan ?
AGL connecte les centres stratégiques aux clients finaux avec des solutions de livraison sur mesure et fiables, jusque dans les zones les plus éloignées en faisant preuve d’agilité et de flexibilité et en s’adaptant aux réalités de chaque terrain.
Une livraison adaptée à tous les environnements : une flotte diversifiée (camions, véhicules légers, motos, solutions fluviales et ferroviaires) pour atteindre aussi bien les zones urbaines denses que les zones rurales, congestionnées ou difficiles d’accès, en s’appuyant sur des réseaux de distribution locaux et des programmes de livraison flexibles.
L’intégrité de la chaîne du froid garantie : des livraisons à température contrôlée pour les marchandises sensibles (alimentaires, pharmaceutiques, etc.), grâce à des véhicules réfrigérés, des équipements isothermes et des systèmes de suivi en temps réel.
Délais et niveaux de service flexibles : une gamme d’options de livraison (programmée, express ou le jour même selon les accords de service / SLA), des plans de transport optimisés et une logistique des retours entièrement intégrée pour des flux retour fluides.
AGL peut même aller plus loin, par exemple avec des livraisons par drone pour des produits sensibles comme les médicaments (hors retail), une illustration de sa capacité d’innovation en réponse aux réalités du terrain.
Quelle est la réalité de l’infrastructure frigorifique en Côte d’Ivoire ? Une enseigne de restauration rapide ou de produits frais peut-elle y opérer dans des conditions sécurisées ?
Oui, opérer dans des conditions sécurisées est tout à fait possible : forte de son expertise logistique et de ses exigences de conformité, AGL est pleinement en mesure d’assurer la chaîne du froid en Côte d’Ivoire.
AGL a investi massivement dans le développement de ses infrastructures, dont la chaîne du froid : camions réfrigérés et entrepôts à température dirigée.
Conformité aux normes internationales : GDP, HACCP, ISO 22000 ; inspections, audits, formation du personnel, assurance cargo pour les produits thermosensibles.
Agilité dans les zones plus reculées : où l’infrastructure fixe (entrepôts réfrigérés) fait défaut, AGL propose des solutions clés en main en branchant des conteneurs reefer connectés, de véritables chambres froides temporaires et mobiles.
Dispositifs déjà en place en Côte d’Ivoire : Aérohub d’Abidjan, hubs froids près des zones de production (Bouaké, Ferké), cross-dock surgelé / réfrigéré du projet CFAO Retail.
Transformation et innovation logistique en Afrique
Dans le retail africain, quelles sont les deux ou trois innovations logistiques les plus impactantes qu’AGL a déployées ces trois dernières années ?
D’abord, sur la durabilité : nous avons le label Green Terminal, certifié par Bureau Veritas, sur les terminaux que nous opérons. Et nous avançons sur l’électrification des équipements, notamment à Abidjan.
Ensuite, sur la digitalisation : le niveau varie beaucoup d’un pays à l’autre sur le continent. Certains marchés sont déjà quasiment sans papier — c’est le cas de Tema, au Ghana — d’autres restent encore très manuels. Notre rôle, c’est d’investir dans des outils digitaux partout où on opère, pour fluidifier et fiabiliser les opérations, et faire monter en gamme les marchés moins avancés.
AGL comme partenaire d’AFRETAIL
Pour une enseigne sans logisticien pour son projet africain, quelle est votre proposition concrète ? Comment devenir partenaire dès le stade de la réflexion stratégique ?
AGL n’est pas un simple prestataire logistique, c’est un véritable partenaire des acteurs du retail africain — avec une vraie expertise de conseil, sur plusieurs dimensions.
D’abord, le conseil réglementaire et douanier. Grâce à notre ancrage et notre présence historique dans les pays où nous opérons, on a développé une forte expertise douanière, et noué des relations étroites avec les autorités de chaque pays. Ça nous permet de conseiller nos clients sur le régime douanier le plus adapté, et de leur éviter des erreurs qui peuvent coûter cher.
Ensuite, on est un point focal unique. Plutôt que de jongler avec plusieurs prestataires et une chaîne logistique fragile et fragmentée, l’enseigne s’appuie sur un seul interlocuteur qui gère tout, de bout en bout. C’est particulièrement précieux pour les petites structures, qui n’ont pas forcément d’expertise logistique en interne.
Il y a aussi l’accès marché via le réseau MSC, avec des solutions reproductibles d’un pays à l’autre — le modèle que nous avons développé avec CFAO Retail, par exemple, est réplicable ailleurs.
Et enfin, pour les acteurs de plus petite taille, on propose un accompagnement sur mesure via WeGoAfrica : dans quatre pays pilotes — Côte d’Ivoire, Sénégal, Kenya et Afrique du Sud — c’est un accompagnement clé en main et pédagogique, pensé justement pour ceux qui découvrent la logistique africaine.
Vision et message
Avez-vous une lecture privilégiée des secteurs retail qui montent réellement en volume versus ceux qui stagnent ? Des signaux logistiques qui anticipent les tendances ?
Il serait exagéré de parler d’un boom du retail sur l’ensemble du continent : il n’y a pas de réponse unique. Mais nos flux confirment un secteur dynamique, qui se développe sous des modèles variés.
Certaines enseignes internationales sont en expansion, selon des modèles différents : Carrefour mène une stratégie offensive, non pas en implantation directe, mais via des partenaires locaux en franchise, avec des ouvertures annoncées dans plusieurs pays sur l’année écoulée. Depuis un an, le groupe a annoncé son implantation dans 5 nouveaux pays africains (Ghana, Nigeria, Éthiopie, RDC et Guinée Conakry) toujours via un modèle de partenariat en franchise. Cela vient compléter leur présence plus historique en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Maroc.
Auchan, lui, s’est implanté depuis plus longtemps déjà en propre au Sénégal, où il est aujourd’hui leader du retail.
On assiste aussi à une montée en puissance des champions locaux : sur des marchés plus matures comme le Maroc, des enseignes locales fortes émergent, à l’image de Marjane, numéro un de la grande distribution marocaine, des acteurs susceptibles, demain, de viser au-delà de leurs frontières.
Comment AGL accompagne-t-il les acteurs locaux (PME logistiques, transporteurs, prestataires du dernier kilomètre) pour créer de l’emploi et de la valeur locaux ?
AGL confie 80 % de son transport routier à des transporteurs locaux, qui sont formés aux normes internationales.
On investit aussi beaucoup dans la formation des talents africains, via plusieurs structures : le centre d’innovation YIRI, l’École du Transit, le Centre de Formation Portuaire Panafricain à Abidjan, et l’École Supérieure des Métiers du Ferroviaire à Bobo-Dioulasso.
À Abidjan, les seules activités portuaires génèrent plus de 900 emplois directs et environ 3 000 emplois indirects, portés par des équipes majoritairement ivoiriennes. Et plus largement, AGL revendique un véritable ADN africain : 98 % de nos collaborateurs sont africains.
Enfin, WeGoAfrica prolonge cette logique en accompagnant les petits exportateurs — sur des filières comme le cajou, par exemple — pour leur permettre de vendre plus facilement à travers l’Afrique et le reste du monde. Cette offre est actuellement en phase pilote dans quatre pays : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud et le Kenya.
La logistique est souvent le dernier sujet traité par les enseignes qui s’implantent en Afrique, alors qu’elle devrait être le premier. Comment changer cette culture ?
Le transport et la logistique sont un maillon essentiel de l’activité de retail.
Sans une supply chain efficiente de bout en bout, les produits ne se trouvent tout simplement pas en rayon et un produit qui n’est pas en rayon ne se vend pas, ce qui se traduit par une perte de chiffre d’affaires. C’est l’argument le plus simple et le plus concret pour faire de la logistique une priorité dès le départ et non une variable d’ajustement.
Quel conseil pratique donnez-vous à une enseigne de 50 points de vente en France qui veut ouvrir ses 3 premiers points en Côte d’Ivoire : par où commencer, quelles erreurs éviter, quel budget allouer ?
Le premier conseil, pour toute enseigne qui se développe dans un nouveau pays africain : s’adosser dès le départ à des partenaires de confiance, en commençant par le transport et la logistique.
C’est en s’appuyant sur un partenaire solide qu’on évite les principales erreurs — notamment sur le plan réglementaire et douanier. La régulation sur le continent africain peut être complexe et varie d’un pays à l’autre ; c’est souvent là que se jouent les faux pas, et un mauvais choix de régime douanier ou de partenaire peut coûter cher, en temps comme en argent.
Concrètement, pour une enseigne qui ouvre ses trois premiers points de vente : on recommande de venir nous voir en amont, avant même d’avoir figé son plan d’implantation — pour qu’on puisse co-construire avec elle le bon schéma logistique dès le départ, plutôt que de corriger une organisation mal calibrée après coup.