La Femme dans l’Écosystème de la Franchise et du Commerce Associé en Afrique
Portrait et Interview Exclusive — Biubwa (Khamis) Omar
EN BREF
Fonction principale : Directrice générale, Safari Gateway Ltd (DMC et tour-opérateur, Zanzibar)
Engagement associatif : Présidente, Chambre de commerce des femmes de Zanzibar (ZWCC)
Gouvernance : Membre du conseil, Zanzibar National Chamber of Commerce (ZNCC) — Cluster Tourisme ; Membre du Conseil National des Personnes en situation de Handicap
Domaines d’expertise : Tourisme durable, tourisme communautaire, tourisme halal / Muslim-friendly, entrepreneuriat féminin
Programme continental : Participante au programme de l’AFRAP pour Zanzibar
PARCOURS ENTREPRENEURIAL ET LEADERSHIP
Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à devenir entrepreneur dans le secteur touristique de Zanzibar ?
Mon parcours a débuté chez Coastal Travel Ltd, où j’ai travaillé dans les secteurs de l’aviation et des safaris. Cette expérience a constitué le socle de ma carrière. Au fil du temps, ma passion s’est intensifiée et j’ai commencé à entrevoir des perspectives autres que le simple statut d’employée.
J’ai eu la chance de bénéficier du soutien du propriétaire de Coastal, qui m’a encouragée à évoluer, devenir indépendante et construire une vie meilleure.
Devenir entrepreneur ne s’est pas fait du jour au lendemain. Ce fut un parcours d’apprentissage, de prise de confiance en soi, de prise de risques et, finalement, de décision de se mettre à son compte.
Quelles résistances avez-vous dû surmonter en tant que femme dirigeante ?
Être une femme dans le monde des affaires et occuper des postes de direction comporte des défis, surtout lorsqu’on évolue dans des secteurs où les décisions économiques importantes sont traditionnellement dominées par les hommes.
J’ai appris que parfois, en tant que femme, il faut redoubler d’efforts pour prouver sa légitimité. Mais j’ai aussi appris à ne pas laisser ces obstacles me freiner.
Mon expérience personnelle m’a fermement convaincue que les femmes n’ont pas besoin de sympathie ; elles ont besoin d’accès et d’opportunités.

LES FEMMES, LE COMMERCE ORGANISÉ ET LA FRANCHISE
Quel est le potentiel de la franchise pour les femmes entrepreneures en Afrique de l’Est ?
Je vois un potentiel énorme car de nombreuses femmes africaines dirigent déjà des entreprises qui pourraient se développer beaucoup plus si elles disposaient de systèmes plus performants. L’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises en matière de franchise est que la croissance ne repose pas uniquement sur un bon produit.
Il faut des normes, des systèmes, une image de marque, de la formation et un modèle d’affaires reproductible. Mais je ne veux pas que l’Afrique devienne uniquement un marché pour les franchises internationales.
Je voudrais qu’on se pose une question plus importante : où sont les franchises africaines ? Nous devrions développer des marques nées à Zanzibar, en Tanzanie et en Afrique, suffisamment fortes pour s’étendre à travers le continent.
« Nous devons créer un environnement où une femme puisse démarrer modestement mais dispose d’une véritable voie pour évoluer vers une PME, une grande entreprise, un exportateur, un investisseur ou même une marque régionale. »
— Biubwa Omar Khamis
TOURISME DURABLE, HALAL ET IMPACT COMMUNAUTAIRE

Comment définissez-vous le tourisme adapté aux musulmans ?
Pour moi, le tourisme adapté aux musulmans signifie permettre aux voyageurs musulmans d’explorer et de profiter d’une destination confortablement tout en respectant leur foi et leurs valeurs.
Il comprend des considérations pratiques telles que la nourriture halal, les lieux de prière, le respect de la vie privée, les services adaptés aux familles.
Il est important de préciser que le tourisme adapté aux musulmans ne signifie pas exclure les non-musulmans. Il s’agit d’inclusion, d’hospitalité et de compréhension.
Quelles leçons avez-vous tirées du tourisme communautaire à Pemba ?
Ma plus grande leçon est que le tourisme ne peut être véritablement durable si les populations locales restent de simples spectateurs dans leur propre destination.
Il ne suffit pas de compter le nombre de touristes qui arrivent. Il nous faut poser des questions plus profondes : à qui appartiennent les entreprises ? Qui obtient les emplois ? Quelle part des recettes touristiques reste réellement au sein des communautés locales ? Pemba me tient particulièrement à cœur.
Avant que le tourisme ne connaisse une croissance importante, nous devons préparer les communautés en leur fournissant les compétences nécessaires, des normes de santé et de sécurité adéquates, un accès au financement.
LA FRANCHISE : FORMATION ET PERSPECTIVES
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre découverte du modèle de la franchise ?
Ce qui m’a le plus frappé, c’est de découvrir que la franchise repose fondamentalement sur des systèmes.
Avant d’en apprendre davantage, j’associais la franchise principalement aux grandes marques internationales. La formation a changé cette perspective.
J’ai appris qu’avant de pouvoir reproduire un modèle d’entreprise avec succès, celui-ci doit disposer de systèmes, de normes, de procédures, d’une identité de marque.
Cela m’a amené à me poser une question importante : votre entreprise peut-elle réussir lorsque vous n’êtes pas physiquement présent ?
En Afrique, de nombreuses entreprises dépendent fortement de leurs fondateurs. Découvrir le monde de la franchise m’a appris l’importance de transformer une entreprise, passant d’une structure centrée sur l’individu à une structure systémique.
VISION, ENGAGEMENT PANAFRICAIN ET MESSAGE AUX FEMMES
Quel rôle les femmes devraient-elles jouer dans la construction de l’écosystème panafricain de la franchise ?
« Les femmes ne devraient pas se contenter de participer à l’écosystème. Les femmes devraient en être propriétaires, y investir et participer à sa conception. »
Au cours des dix prochaines années, je souhaite voir davantage de femmes africaines passer de la micro-entreprise à des entreprises à forte croissance. Je souhaite voir des femmes en tant que franchiseuses, franchisées, investisseuses, productrices, exportatrices et dirigeantes de marques régionales. Nous devons faire évoluer le débat, de la survie à la mise à l’échelle, et de la participation à l’appropriation.
Quel message aimeriez-vous partager avec les lecteurs du magazine ?
Mon message est clair : l’Afrique ne manque ni d’idées, ni de talents, ni d’esprit d’entreprise. Ce dont nous avons besoin, ce sont des systèmes plus robustes qui permettent à nos idées de se transformer en entreprises viables, prospères et internationales.
N’ayez pas peur de commencer modestement.
J’ai débuté comme employée, apprenant des autres avant de tracer mon propre chemin. Mais, à mesure que nous bâtissons des entreprises prospères, nous devrions également nous poser les questions suivantes : Qui grandit avec nous ? Le succès d’une entreprise ne doit pas se mesurer uniquement à l’aune des profits.
Il doit également se mesurer aux emplois que nous créons, aux femmes et aux jeunes que nous autonomisons, aux communautés que nous renforçons et à l’héritage que nous laissons.
Je crois que certaines des prochaines grandes marques mondiales peuvent et devraient venir d’Afrique. Il est temps maintenant de bâtir des marques africaines, de croire en leur valeur, de créer les systèmes qui leur permettent de se développer et de les faire rayonner dans le monde entier.
Interview réalisée pour Africa Franchise Forum Magazine
Édition Spéciale — Genre & Entrepreneuriat en Franchise
© Éditions Prescicom SARL, Abidjan, Côte d’Ivoire — Juin 2026