L’économie informelle africaine : un géant endormi qui attend sa mue en franchise ou en commerce associé.
Economie informelle africaine micro-franchise commerce associé
Sur les marchés animés de Lagos, dans les ruelles commerçantes de Kinshasa ou le long des artères marchandes d’Abidjan, des millions d’Africains bâtissent chaque jour une économie invisible aux yeux des statistiques officielles, mais bien réelle dans son impact social et économique. Selon le dernier rapport World Employment and Social Outlook: Trends 2025 de l’Organisation internationale du Travail (OIT), 86,6 % des 485 millions de personnes occupées en Afrique subsaharienne exerçaient un emploi informel en 2024 ( www.ilo.org ).
Ce géant économique, souvent perçu comme un déficit de formalisation, constitue en réalité un réservoir exceptionnel de résilience, d’adaptabilité et de connaissance du terrain, des qualités fondamentales pour bâtir les franchises africaines de demain.
Le défi n’est plus de « combattre » l’informel, mais de l’accompagner vers une mue progressive vers des modèles structurés de commerce associé, sans pour autant briser les codes culturels et relationnels qui font sa force.
Economie informelle africaine micro-franchise commerce associé
Pourtant, ce potentiel reste largement inexploité. Alors que l’Afrique subsaharienne compte environ 420 millions de travailleurs dans le secteur informel (www.ilo.org) , moins de 5 % de ces activités sont organisées en réseaux reproductibles ou en enseignes structurées.
Cette fragmentation empêche l’accès au crédit bancaire, limite l’échelle géographique et fragilise la pérennité des activités face aux chocs économiques.
Pourtant, derrière chaque étal de rue se cache souvent un modèle commercial éprouvé : une recette culinaire transmise de génération en génération, un savoir-faire artisanal maîtrisé, ou une relation de confiance tissée avec une clientèle fidèle.
Ce sont précisément ces actifs immatériels tels : la marque de confiance, le savoir-faire local, l’ancrage communautaire, qui constituent la matière première idéale pour une transition vers la franchise ou d’autres formes de commerce associé.
L’enjeu n’est pas de copier des modèles occidentaux, mais d’hybrider l’agilité de l’informel avec la robustesse des systèmes structurés.
C’est ici que les modèles de commerce associé offrent une voie réaliste et respectueuse de cette transition.
Economie informelle africaine micro-franchise commerce associé
Contrairement à la franchise classique, souvent perçue comme exigeante en capital et en standardisation rigide, des formats adaptés émergent sur le continent : le « micro-franchise », la coopérative de commerçants, le groupement d’achat ou la licence légère permettent de structurer progressivement sans rupture brutale.
Au Kenya, où plus de 350 000 dukas (petites épiceries traditionnelles) fournissent environ 80 % des biens de consommation de proximité, des initiatives comme Smart Duka, portée par TechnoServe en partenariat avec l’organisation nationale des propriétaires de dukas (NDOU), accompagnent ces micro-commerçants vers des pratiques de gestion standardisées, un approvisionnement mutualisé et une digitalisation progressive, tout en préservant leur autonomie ( www.bcg.com ) ( www.technoserve.org).
En Afrique de l’Ouest, Fan Milk (entreprise ghanéenne présente au Nigeria, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Togo) a bâti depuis les années 1960 un réseau de micro-franchisés qui distribuent des produits laitiers à vélo dans les quartiers périphériques, créant ainsi un modèle reproductible adapté aux réalités locales (www.socialsectorfranchising.org ).
Ces expériences démontrent qu’il est possible de formaliser sans dénaturer, de standardiser sans uniformiser, et de croître sans sacrifier l’âme entrepreneuriale qui anime le commerce informel africain.
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Cette mue nécessite toutefois un écosystème d’accompagnement bienveillant.
Les pouvoirs publics, les institutions financières et les franchiseurs établis doivent jouer un rôle de catalyseur en proposant des parcours de montée en compétences adaptés : modules de gestion simplifiés en langues locales, microcrédits indexés sur le chiffre d’affaires réel (et non sur des bilans comptables inexistants), ou encore incubateurs spécialisés dans la transformation de l’informel en franchise.
Il convient également de nuancer un point crucial : si l’emploi informel représente 86,6 % de l’emploi total en Afrique subsaharienne, sa contribution au PIB est estimée entre 25 % et 65 % selon les pays, selon les travaux du Fonds monétaire international ( www.elibrary.imf.org ).
Cette disparité révèle un double défi, augmenter la productivité des activités informelles tout en préservant leur capacité d’absorption massive de la main-d’œuvre.
Les Africa Franchise & Commerce Associé Awards, en partenariat avec l’Association Sénégalaise de la Franchise (ASF) ainsi que le partenariat institutionnel de l’Organisation Africaine de Consommateur et bien d’autres experts, entendent participer activement à ce mouvement en mettant en lumière des initiatives pionnières qui réussissent ce pont entre les deux mondes.
En récompensant non seulement les grandes enseignes internationales, mais aussi les réseaux locaux issus de l’économie informelle, l’événement envoie un signal fort : la franchise africaine de demain ne sera pas importée, elle sera cultivée depuis les racines mêmes du continent.
Economie informelle africaine micro-franchise commerce associé
L’économie informelle n’est pas un problème à résoudre, mais une opportunité à saisir.
En transformant ce géant endormi en un réseau structuré de micro-franchisés, de coopératives dynamiques et de marques locales reproductibles, l’Afrique pourrait non seulement créer des millions d’emplois décents, mais aussi inventer un nouveau paradigme de la franchise : inclusive, résiliente et profondément ancrée dans les réalités sociales du continent.
La mue a déjà commencé, discrète, organique, portée par des entrepreneurs qui refusent de choisir entre tradition et modernité.
À nous, acteurs de l’écosystème, de leur tendre la main pour transformer cette mue individuelle en révolution collective.
Car l’avenir du commerce africain ne se jouera pas seulement dans les centres commerciaux flambant neufs, mais aussi, et surtout, dans la vitalité des rues, des marchés et des quartiers où bat déjà, puissamment, le cœur de l’entrepreneuriat africain.
Sources principales citées dans l’article :
- Organisation internationale du Travail (OIT), World Employment and Social Outlook: Trends 2025, janvier 2025.
- Fonds monétaire international (FMI), The Informal Economy in Sub-Saharan Africa, 2024.
- TechnoServe & National Duka Owners Umbrella Organization (NDOU), Kenya, 2025.
- Études de cas Fan Milk (Ghana/Afrique de l’Ouest), HealthStore Foundation (Kenya/Rwanda).