Financement du commerce : la BAD accélère ses garanties bancaires — et si la franchise africaine en profitait enfin ?
Par la rédaction — Africa Franchise Forum Magazine
Trois opérations en moins d’un mois
Le 17 juillet 2026, le Conseil d’administration de la BAD a approuvé, à Abidjan, une facilité de garantie de transaction de 10 millions de dollars en faveur de Bank of Africa-République démocratique du Congo (BOA-RDC). L’opération, d’une durée de cinq ans, vise à soutenir le financement du commerce des grandes entreprises locales et des PME congolaises, notamment pour l’importation d’intrants, de machines de production et d’équipements de télécommunication nécessaires à l’industrialisation du pays.
Quelques jours plus tôt, le 15 juillet, la Banque annonçait la signature (intervenue le 23 juin) d’une facilité de 10,75 millions de dollars avec Intercontinental Investment Bank (IIB East Africa), basée à Djibouti. Ce financement, structuré en trois composantes (une ligne de crédit commerciale de 8 millions de dollars, une garantie de transaction de 2 millions de dollars et un don AFAWA de 750 000 dollars issu de l’initiative We-Fi), cible spécifiquement les PME djiboutiennes et les entreprises dirigées par des femmes, qui représentent selon le groupe IIB plus de 70 % de la main-d’œuvre du pays.
À cela s’ajoute une garantie de 10 millions de dollars en faveur d’Exim Bank Tanzania Limited, destinée à débloquer et dérisquer les transactions commerciales tanzaniennes ; la Banque estime que ce mécanisme pourrait soutenir jusqu’à 60 millions de dollars de flux commerciaux sur trois ans.
La garantie de transaction BAD en chiffres
- 13,8 milliards de dollars de flux commerciaux appuyés depuis 2013
- 129 institutions financières partenaires sur le continent
- Jusqu’à 100 % de couverture du risque de non-paiement
- Lancement en 2021 pour sécuriser les opérations d’import-export
Ces trois opérations relèvent toutes du même outil : la garantie de transaction, lancée en 2021 par la BAD pour offrir jusqu’à 100 % de couverture du risque de non-paiement aux banques confirmatrices, locales ou internationales, sur des instruments comme les lettres de crédit. Un dispositif qui a déjà appuyé plus de 13,8 milliards de dollars de flux commerciaux depuis 2013 à travers 129 institutions financières partenaires sur le continent, et dont le rythme d’approbation s’est nettement accéléré depuis le début de l’année 2026, avec des opérations similaires signées en Tunisie, en Zambie, à Madagascar et au Congo-Brazzaville.
La franchise, toujours hors du radar des garanties bancaires
Ce déploiement massif de garanties commerciales confirme un constat que nous documentions déjà dans notre dossier bancaire spécial : aucun mécanisme de garantie n’est aujourd’hui explicitement dédié au financement de l’acquisition d’une franchise en Afrique.
Les instruments de la BAD (garantie de transaction, ligne de crédit de financement du commerce, facilité de financement des matières premières) sont conçus pour sécuriser des opérations d’import-export et de trésorerie, non pour couvrir le risque spécifique d’un franchisé qui investit dans un droit d’entrée, un aménagement de point de vente ou un fonds de roulement de démarrage.
Sur des marchés plus matures, ce type de garantie dédiée existe pourtant et constitue souvent la clé de voûte qui permet aux banques commerciales d’accepter de prêter à des porteurs de projet sans historique de crédit suffisant.
L’absence d’un tel mécanisme en Afrique n’est pas un détail technique : c’est l’un des principaux goulots d’étranglement qui freinent le développement de la franchise comme outil de structuration des PME informelles du continent.
Le signal AFRAP : une preuve de concept qui ne demande qu’à essaimer
C’est là que l’actualité récente de la BAD prend un relief particulier. Le programme AFRAP (Africa Franchising Accelerator Project), financé par un don du Fonds pour l’assistance au secteur privé africain (FAPA) de la BAD et mis en œuvre par la Tanzania Private Sector Foundation (TPSF), vient de faire l’objet d’une mission d’évaluation de fin de projet menée du 13 au 17 avril 2026.
Les résultats du programme AFRAP en Tanzanie
Les résultats, confirmés par la Banque, sont sans appel : 101 PME tanzaniennes accompagnées dans leur transition d’activités informelles vers des structures prêtes pour la franchise, plus de 3 000 emplois directs et indirects créés, et plus de 60 % des entreprises soutenues dirigées par des femmes.
Sur le plan institutionnel, l’AFRAP a également posé les fondations d’un véritable écosystème national :
- Création de la Tanzania Franchise Association (TAFRA)
- Élaboration de lignes directrices nationales de la franchise
- Finalisation d’une étude de faisabilité pour un fonds dédié au financement de la franchise
La Banque elle-même souligne que l’homogénéité des résultats obtenus, quels que soient les secteurs et les régions, indique que le modèle AFRAP est fiable et peut être répliqué au-delà de la Tanzanie, positionnant la franchise comme un outil concret de développement du secteur privé et de création d’emplois à l’échelle africaine.
Le rapprochement avec les garanties commerciales accordées ces dernières semaines à des banques comme BOA-RDC, Exim Bank Tanzania ou IIB East Africa n’a, à ce stade, rien d’automatique : ces facilités demeurent cantonnées au financement du commerce international et n’ont pas vocation, en l’état, à couvrir des opérations de franchise.
Mais l’appétit démontré par la BAD pour démultiplier ses instruments de garantie au profit des PME (et sa propre reconnaissance du potentiel de réplication de l’AFRAP) dessinent une trajectoire cohérente : celle d’une Banque qui a déjà les outils de dérisquage en main, et qui commence, avec l’étude de faisabilité tanzanienne, à documenter le chaînon manquant spécifique à la franchise.
Un plaidoyer pour l’Afrique tout entière
La phase pilote tanzanienne de l’AFRAP a démontré, chiffres à l’appui, ce que la franchise peut apporter à un continent en quête de solutions concrètes pour formaliser son économie informelle : de la création d’emplois massive et inclusive, un cadre juridique national clarifié, une association professionnelle structurée et, désormais, les prémices d’un instrument financier taillé pour ce modèle.
Ce que l’avenir pourrait réserver à la franchise africaine
Il serait incompréhensible que ce succès ne soit plus circonscrit à un seul pays d’Afrique de l’Est, et que dans les prochains mois, d’autres régions de l’Afrique en bénéficient.
La Banque africaine de développement dispose déjà de la doctrine, de l’expérience de terrain et, comme le montre son rythme d’approbation des garanties commerciales, de la capacité d’ingénierie financière nécessaire pour déployer un programme de l’ampleur de l’AFRAP à l’échelle continentale.
Ce qui sera fait, et est vivement à encourager, c’est la décision politique et institutionnelle de généraliser ce modèle (pays par pays, région par région) et d’y adosser, enfin, un mécanisme de garantie pensé spécifiquement pour l’acquisition et le développement de franchises.
Le succès tanzanien ne doit pas rester une case d’école : il doit devenir le point de départ d’une stratégie panafricaine de financement de la franchise, portée avec la même détermination que celle déployée aujourd’hui pour le financement du commerce.
Sources
- Banque africaine de développement (communiqués des 15 et 17 juillet 2026)
- Rapport de mission d’évaluation AFRAP, avril 2026
- Tanzania Private Sector Foundation (TPSF)
Article rédigé par la Rédaction d’Africa Franchise Forum Magazine
© Éditions Prescicom SARL, Abidjan, Côte d’Ivoire