serie institutions de la franchise en Afrique

Georges Sibouké Dieme (ASF) – « La franchise, levier de souveraineté économique et d’intégration africaine »

Président de l'Association Sénégalaise de la Franchise (ASF)

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INTERVIEW EXCLUSIVE Georges Sibouké DIEME Président de l’Association Sénégalaise de la Franchise (ASF) ÉDITION SPÉCIALE : INSTITUTIONS & RÉGULATEURS THÈME : « ILS FONT LA LOI » Les présidents des

INTERVIEW EXCLUSIVE

Georges Sibouké DIEME

Président de l’Association Sénégalaise de la Franchise (ASF)

ÉDITION SPÉCIALE : INSTITUTIONS & RÉGULATEURS
THÈME : « ILS FONT LA LOI »

Les présidents des fédérations de franchise africaines ont la parole : Maroc – Afrique du Sud – Sénégal

 LE MARCHÉ SÉNÉGALAIS : MESURE PRÉCISE ET RÉALITÉ TERRAIN

Photographie précise du marché sénégalais de la franchise en 2026

Combien d’enseignes franchisées opèrent au Sénégal en 2026 — distinguez les réseaux internationaux implantés et les réseaux sénégalais endogènes en développement ? Quelle est votre estimation du chiffre d’affaires total du secteur ?

Le marché sénégalais de la franchise est en pleine effervescence. Nous comptons aujourd’hui environ 420 franchiseurs et 1540 enseignes franchisées sur l’ensemble du territoire. Il est important de distinguer deux dynamiques : celle des réseaux internationaux, qui représentent environ 1300 à 1350 enseignes, et celle des réseaux endogènes sénégalais, qui en comptent environ 200, signe d’une créativité entrepreneuriale locale de plus en plus structurée. Le chiffre d’affaires total du secteur est estimé entre 1150 et 1380 milliards de FCFA, en progression constante.

L’ASF compte combien de membres actifs, et comment s’est composé cet effectif — quelles catégories de membres (franchiseurs, franchisés, prestataires), quels secteurs dominants ?

L’ASF malgré sa jeunesse compte aujourd’hui une quarantaine de membres actifs, une progression significative depuis Franchise Expo Dakar 2025 où nous n’étions qu’une poignée. Cette croissance traduit la montée en puissance de l’écosystème. La répartition est la suivante : 25 % de franchiseurs, 55 % de franchisés, et 20 % de prestataires de services (experts, avocats, consultants). Les secteurs dominants restent la restauration rapide et la beauté/habillement, qui constituent encore le moteur principal de l’activité.

Dakar concentre-t-elle l’essentiel de l’activité franchise, ou observe-t-on une diffusion vers Saint-Louis, Thiès, Ziguinchor ou Kaolack ? La franchise sénégalaise est-elle encore exclusivement un phénomène dakarois ?

Concernant l’implantation géographique, Dakar reste naturellement l’épicentre, mais le mouvement de diffusion est réel. On observe une progression notable à Thiès (dynamique économique et démographique), Mbour, Saint-Louis et Ziguinchor avec l’implantation de magasins de distribution, de fast-foods et de services à la personne. Le modèle commence à essaimer, même si la franchise sénégalaise reste encore majoritairement dakaroise.

Quels sont les 5 secteurs où la franchise est la plus active, et lesquels sont sous-représentés malgré un potentiel réel que vous avez identifié ?

Enfin, les 5 secteurs les plus actifs sont la restauration rapide, la grande distribution, les services à la personne, les pâtisseries & viennoiseries et les soins de beauté & mode. À l’inverse, des secteurs comme la santé, l’hôtellerie économique, la formation professionnelle, le fitness, les services B2B aux entreprises (maintenance, nettoyage industriel) et l’artisanat d’art sont encore sous-représentés alors qu’ils offrent un potentiel de développement énorme.

Le profil du franchisé sénégalais : qui sont-ils vraiment en 2026 ?

Quel est le profil type du franchisé sénégalais aujourd’hui : âge, formation, secteur d’origine, capital disponible, motivations ? Ce profil a-t-il évolué depuis la création de l’ASF, et dans quelle direction ?

Le profil type a considérablement évolué. Nous étions sur un franchisé plutôt âgé, entre 45 et 55 ans, avec un capital important, souvent issu de catégories socioprofessionnelles supérieures ou l’immigré de retour. Aujourd’hui, nous voyons émerger une nouvelle génération. Le franchisé sénégalais type a entre 30 et 45 ans, il est diplômé de l’enseignement supérieur (au moins Bac+3/Bac+5), souvent ingénieur, commercial ou financier. Il quitte le salariat pour créer sa propre entreprise, avec un capital de départ moyen situé entre 20 000 et 75 000 euros. Sa motivation première n’est plus seulement la rentabilité à court terme, mais la construction d’un patrimoine et l’indépendance professionnelle. C’est une évolution très positive.

Vous avez souligné la nécessité d’une « étude de rentabilité et d’un business plan solide » avant toute signature. Quel est le niveau réel de préparation financière et managériale des candidats qui s’approchent de l’ASF ? Quelles lacunes récurrentes observez-vous ?

Cependant, le niveau de préparation et d’adaptation reste insuffisant. Nous voyons encore trop de candidats qui sous-estiment l’investissement en fonds de roulement et qui ne maîtrisent pas les bases de la gestion prévisionnelle. Les lacunes récurrentes sont : un business plan trop optimiste sur les délais de retour sur investissement, une méconnaissance des charges fixes réelles (loyers, personnel, redevances), une absence de stratégie marketing locale et l’accompagnement par une expertise locale. Nous leur rappelons toujours que le contrat ne fait pas le succès : c’est l’exécution et la gestion rigoureuse qui comptent.

L’accès au financement bancaire pour les franchisés sénégalais est-il réellement disponible ? Quelles banques jouent le jeu, à quelles conditions concrètes (taux, garanties, apport minimum), et quel est le montant moyen financé pour une ouverture de franchise ?

L’accès au financement bancaire est l’un de nos combats quotidiens car la connaissance du modèle économique de la franchise reste faible. Des banques locales commencent à bien comprendre le modèle, mais les conditions restent exigeantes : un apport personnel minimum de 30 à 40 % du projet, des garanties réelles importantes, et des taux d’intérêt autour de 7 à 10 %, ce qui est élevé pour des projets de création. Le montant moyen financé pour une ouverture se situe entre 50 et 150 millions de FCFA.

Des mécanismes de garantie collective ou des fonds de garantie franchise sont-ils en cours de création au Sénégal ? L’ASF a-t-elle des discussions actives avec la BCEAO, le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP) ou d’autres structures ?

Le Sénégal possède un dispositif très avancées en matière de financement de l’entrepreneuriat avec le FONGIP, la DER-FJ, la BNDE, etc. Ils sont des acteurs clé pour nous. L’ASF a formalisé un partenariat avec l’ADEPME pour la mise en place d’un mécanisme de garantie dédié à la franchise. Concrètement, ces institutions peuvent garantir jusqu’à 70 % d’un prêt bancaire pour un franchisé, avec une commission de garantie de 1 à 1,5 %, ce qui rassure les banques et fluidifie l’octroi de crédit. Nous projetons également de travailler également avec la BCEAO sur la reconnaissance de la franchise comme secteur à part entière dans les politiques de financement de l’UEMOA. Le chemin est long, mais la direction est la bonne.

LA MASTER-FRANCHISE ET L’ADAPTATION DU CONCEPT AU SÉNÉGAL

La master-franchise : pourquoi c’est le modèle juste, et comment ça fonctionne vraiment

Vous identifiez la master-franchise comme le modèle le plus adapté au Sénégal. Pouvez-vous expliquer pourquoi en détaillant les avantages spécifiques pour le franchiseur international ET pour le master-franchisé local, avec des exemples nominatifs ?

Pour un franchiseur international, le master-franchise est la voie royale. Il lui permet de déléguer la gestion des risques opérationnels, juridiques et culturels à un partenaire local. Il capitalise sur sa connaissance du terrain sans mobiliser des équipes dédiées sur place. Pour le master-franchisé sénégalais, c’est une opportunité exceptionnelle de bâtir un empire. Il ne se contente pas d’exploiter un point de vente ; il achète les droits pour tout un pays (ou la sous-région) et devient le véritable entrepreneur du développement de la marque. Un excellent exemple de réussite est le groupe CFAO Retail, master-franchisé de Carrefour au Sénégal, qui a su transformer un concept international en succès local avant de le céder au groupe EDK.

Quelles conditions le master-franchisé local doit-il absolument réunir — capital minimum, réseau relationnel, expérience sectorielle, capacité de supervision de sous-franchisés — pour être un partenaire fiable ? Avez-vous une grille de sélection formalisée ?

Un master-franchisé fiable doit réunir plusieurs conditions : un capital minimum de 200 000 à 500 000 euros, un réseau relationnel solide (immobilier, administration, affaires), une expérience sectorielle indéniable, et surtout une capacité à recruter, former et animer un réseau de sous-franchisés. L’ASF dispose aujourd’hui d’une grille de notation formelle publique. Apres un travail approfondi, nous avons notre propre méthode d’évaluation des profils, basée sur le « triangle de la réussite » : capacité financière, compétence managériale, et intégrité commerciale.

Des master-franchises ont-elles échoué au Sénégal ? Si oui, quels en étaient les facteurs — mauvais profil de master-franchisé, sous-capitalisation, concept inadapté ? Comment l’ASF a-t-elle tiré les leçons de ces échecs ?

Bien sûr, il y a eu des échecs. Le plus fréquent est celui du master-franchisé qui, après avoir signé, se prend pour un roi et veut appliquer sa propre méthode, souvent accompagnées par des experts et cabinets qui ne maitrisent pas les réalités socio-comiques locales. Un autre facteur est la sous-capitalisation : les premiers investissements absorbent tout, et il ne reste plus rien pour les frais de structure et le recrutement des premiers sous-franchisés. Ces échecs nous ont appris une leçon précieuse : un master-franchisé doit d’abord être un excellent franchisé, humble et avec un encrage territoriale fort, avant d’être un chef d’orchestre.

Comment l’ASF concrètement met-elle en relation les franchiseurs internationaux cherchant un master-franchisé sénégalais et les candidats locaux qualifiés ? Existe-t-il un process de qualification, une base de données, un dispositif de matching ?

Pour mettre en relation les parties, l’ASF a développé un véritable process de qualification. Nous disposons avec l’ADEPME et nos autres partenaires d’une base de données de candidats pré-qualifiés (capitaux, expérience, secteur). Lorsqu’un franchiseur nous sollicite, nous organisons des sessions de matching dédiées. Nous ne faisons pas qu’échanger des CV ; nous jouons le rôle d’intermédiaire de confiance, en vérifiant les références, en facilitant les premières discussions, la formation, l’accompagnement opérationnel et le suivi.

Adapter sans dénaturer : où est la ligne rouge pour les enseignes au Sénégal ?

Donnez 4 exemples concrets d’adaptations réussies par des enseignes au Sénégal — qu’ont-elles changé dans leur prix, leur offre ou leur format, et quel a été l’impact sur leurs résultats ?

  • Exemple 1 : Sur les prix. Une enseigne de restauration étrangère a maintenu des prix trop élevés et a failli échouer. Elle a accepté d’introduire un menu « entrée de gamme » avec des portions adaptées, sans changer la qualité des produits phares. Aujourd’hui, ce menu représente 40 % de ses ventes et a fidélisé une clientèle locale élargie.
  • Exemple 2 : Sur l’offre. Une marque de fast-food a intégré une recette locale (le « chicken yassa ») à sa carte, en plus de ses burgers standards. Ce fut un succès immédiat, prouvant que l’on peut être à la fois mondial et local.
  • Exemple 3 : Sur le format. Une enseigne d’ameublement a remplacé son grand showroom unique par un concept de « magasin de proximité + livraison depuis un entrepôt central », réduisant ainsi les coûts fixes et l’investissement pour les franchisés.
  • Exemple 4 : Sur l’accompagnement. Une enseigne de restauration a choisi un cabinet tunisien pour accompagner son expansion au Sénégal et en Côte d’Ivoire négligeant les structures locales. Le Master franchisé a fermé après 3 années d’exploitation chaotique.

Jusqu’où peut-on adapter un concept sans violer les dispositions contractuelles du franchiseur sur la standardisation ? Comment les franchiseurs internationaux réagissent-ils quand un franchisé sénégalais demande à adapter fortement le concept ?

La ligne rouge est la dilution de la promesse de marque et le manque d’accompagnement local. Le know-how est la propriété du franchiseur. Un franchisé peut proposer des adaptations, mais il doit suivre un protocole. La réaction des franchiseurs est de plus en plus pragmatique : ils comprennent que l’adaptation est une condition de survie. L’ASF joue ici un rôle d’arbitre et de facilitateur. Nous aidons à formaliser les demandes d’adaptation pour qu’elles soient contractualisées.

Des enseignes ont dû quitter le marché sénégalais après avoir échoué à adapter leur concept. Quels sont les facteurs d’inadaptation les plus fréquents, et comment l’ASF aide-t-elle les franchiseurs à les anticiper avant leur implantation ?

Oui, certaines enseignes ont échoué, faute d’avoir compris que le pouvoir d’achat, les habitudes de consommation ou les infrastructures locales ne correspondent pas à leur modèle européen. Le facteur d’échec numéro un est le manque d’étude de marché et des réalités socioéconomiques préalable. Beaucoup viennent avec un « one size fits all » qui ne fonctionne tout simplement pas.

PÉTROLE, CROISSANCE ET FRANCHISE : SAISIR LA FENÊTRE D’OPPORTUNITÉ

La manne pétro-gazière : quel impact concret sur la franchise sénégalaise ?

L’entrée en production des champs pétroliers et gaziers de Sangomar transforme l’économie sénégalaise. Quels effets concrets observez-vous déjà sur le pouvoir d’achat, les profils des investisseurs et la demande pour les concepts de franchise à Dakar et dans les zones d’influence énergétique ?

Les effets sont déjà palpables. Sur le pouvoir d’achat, la croissance générée par les hydrocarbures commence à se diffuser (même si le hors-pétrole reste plus mesuré). Nous observons un afflux d’investisseurs, y compris des cadres de l’industrie pétrolière qui se reconvertissent, apportant des capitaux conséquents et une culture d’entreprise de haut niveau. La demande pour des concepts de franchise premium explose à Dakar, mais aussi dans les zones d’influence comme Dakar et Thiès, proche du hub gazier.

Quels nouveaux secteurs de franchise deviennent prioritaires avec l’émergence d’une nouvelle classe aisée liée à l’industrie pétrolière — hôtellerie d’affaires, restauration premium, services B2B, formation professionnelle, santé ? L’ASF a-t-elle une cartographie de ces opportunités ?

Avec le boom pétrolier, les secteurs prioritaires deviennent : l’hôtellerie d’affaires premium, la restauration rapide de qualité, les services B2B (maintenance industrielle, sécurité, nettoyage spécialisé), la formation professionnelle, et la santé. L’ASF a une cartographie de ces opportunités. Nous travaillons sur un Livre Blanc, identifiant les besoins induits par l’industrie pétrolière et les concepts à implanter.

L’ASF a-t-elle une stratégie spécifique pour capter les investisseurs nationaux et étrangers attirés par le boom pétro-gazier et les orienter vers la franchise comme véhicule d’investissement structuré ?

Notre stratégie est de capter ces investisseurs qualifiés. Nous organiserons prochainement des séminaires dédiés intitulés « Quand l’or noir rencontre la franchise : investir structuré ». L’idée est de montrer à ces capitaux (parfois en quête de placement rapide) que la franchise offre un véhicule d’investissement plus stable et moins risqué qu’un projet 100 % autonome.

Le risque symétrique existe : les économies pétrolières connaissent des cycles de volatilité. Comment la franchise peut-elle être un facteur de diversification et de résilience pour l’économie sénégalaise face à la dépendance aux hydrocarbures ?

Et vous avez raison, il y a un risque de volatilité. C’est là que la franchise est un formidable facteur de résilience. Un réseau de franchise, avec sa rigueur comptable, sa mutualisation et sa diversification, est bien plus solide qu’un ensemble d’entreprises individuelles face à un choc économique. La franchise peut être le ciment de l’économie réelle, au-delà de l’économie de rente.

La franchise endogène sénégalaise : construire des champions africaines

1. Des entrepreneurs sénégalais ont-ils structuré de véritables réseaux de franchise et cherchent-ils à s’exporter ? Citez 3 exemples nominatifs avec leur secteur, leur stade de développement et leurs marchés cibles.

Oui, la franchise « made in Sénégal » est une réalité et notre fierté. Je peux citer trois exemples :

  • Djolof Chicken : un réseau de restauration rapide qui a su codifier la cuisine locale sur le modèle du fast-food. Il est en phase d’expansion nationale et fait son exportation vers la Gambie et la Guinée.
  • OngleMania : un réseau d’instituts de beauté et soins personnel intégré de Waraba Groupe, qui a prouvé qu’on peut concurrencer les géants internationaux sur le terrain de la qualité, de la proximité et des prix.
  • SAFA Collection (franchisé industrielle et franchiseur de mode) : marque de textile premium spécialisée dans la confection et la distribution de tenu orientale et africaine moderne. Franchise alliant sens artistique, gestion commerciale et connaissance fine du marché.

2. Quels sont les obstacles spécifiques auxquels font face les entrepreneurs sénégalais qui créent un réseau endogène — formalisation du concept, protection de la marque, financement du développement réseau, recrutement de franchisés fiables

Les obstacles sont nombreux : formaliser son concept (passer du savoir-faire artisanal à un manuel opératoire), protéger sa marque (déposer son nom et son logo), financer le développement réseau (convaincre les banques de financer un « petit » franchiseur sénégalais), et surtout recruter des franchisés fiables.

3. L’ASF dispose-t-elle d’un programme « de la boutique au réseau » pour accompagner les PME sénégalaises qui ont un concept réplicable mais ne savent pas le franchiser ? Si non, est-ce en projet ?

L’ASF a précisément lancé en début d’année un programme « Accès des PME à la Franchise ». Il s’agit d’un parcours d’accompagnement d’une année en partenariat avec l’ADEPME, qui permet à des PME sénégalaises de tester la réplicabilité de leur concept, de structurer leur offre et de préparer leur premier contrat de franchise. Nous formons, nous coachons, nous accompagnons.

4. Le made in Sénégal peut-il être un argument commercial dans d’autres marchés africains ? Quels secteurs — cuisine thiéboudienne codifiée, cosmétiques naturels, prêt-à-porter wax — se prêtent à une franchise sénégalaise à l’export vers la Côte d’Ivoire, le Maroc ou la France ?

Le « made in Sénégal » est un argument commercial extraordinaire sur le continent. Les secteurs qui se prêtent le mieux à l’export sont la cuisine thiéboudienne codifiée (restauration), les cosmétiques naturels à base de beurre de karité et de neem (réseau de boutiques), et le prêt-à-porter en wax (concept store). Un « Onglemania Sénégal » ou un « SAFA Collection » pourraient demain s’exporter de Dakar à Abidjan, Douala ou Paris.

CADRE LÉGAL, COOPÉRATION ET FÉDÉRATION PANAFRICAINE

OHADA et franchise : protections insuffisantes, réforme nécessaire

L’Acte Uniforme OHADA sur le Droit Commercial Général ne contient pas de dispositions spécifiques sur la franchise. Quels problèmes concrets cela crée-t-il pour les franchisés sénégalais en cas de litige — absence de DIP obligatoire, conditions floues de résiliation, arbitrage CCJA peu accessible ?

L’absence de dispositions spécifiques dans l’Acte Uniforme OHADA est une véritable carence. Concrètement, cela signifie qu’il n’y a pas d’obligation de Document d’Information Précontractuelle (DIP), ce qui déséquilibre la relation dès le départ. En cas de litige, les conditions de résiliation sont floues, et saisir la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) reste trop complexe et coûteux pour un petit franchisé.

Avez-vous des cas documentés où des franchisés sénégalais ont été lésés faute de protection légale adéquate ? Comment ces situations ont-elles été résolues — tribunal, médiation amiable, pression associative ?

Nous avons malheureusement des cas documentés. Je pense à un franchisé qui a investi toutes ses économies, et dont le franchiseur a résilié le contrat de manière abusive, sans préavis, sous un prétexte fallacieux. Faute de loi claire, l’affaire a traîné en justice pendant plus de trois ans. Au final, un accord à l’amiable a été trouvé, mais le franchisé, ruiné financièrement et moralement, avait déjà quitté le secteur. J’ai personnellement dû jouer le rôle de médiateur et de soutien moral.

L’ASF a-t-elle une position officielle sur la réforme de l’AUDCG pour y intégrer des dispositions spécifiques à la franchise — obligation de DIP, délai de réflexion, conditions de résiliation, arbitrage accessible ? Avez-vous transmis des recommandations à l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires ?

L’ASF a une position très claire et offensive. Nous militons activement pour la réforme de l’AUDCG. Nous avons transmis un mémorandum détaillé à nos autorités via notre ministère de tutelle, avec des propositions concrètes : rendre obligatoire le DIP, instaurer un délai de réflexion de 15 jours, encadrer strictement les clauses de résiliation, et créer un guichet unique simplifié pour la franchise. Nous ne lâcherons pas ce combat malgré les pressions de certains « expert » qui profitent de cette absence de règlementation et de la méconnaissance du modèle économique de la franchise pour proposer des services bidon sans garanties. Il essais de nous contourner en refusant de s’affilier à l’ASF et en utilisant le digital, mais ils ne prospèreront plus longtemps.

La convention ASF–FMF : bilan factuel

Quel bilan factuel tirez-vous de la convention signée avec la FMF, formations réalisées, événements co-organisés, accords de master-franchise facilités ?

La convention avec la Fédération Marocaine de la Franchise (FMF) est un exemple de coopération sud-sud réussie. Depuis sa signature, nous avons réalisé plusieurs actions conjointes sur la gestion de réseau, la création de cadre de promotion respectif et l’échange d’expertise. Nous avons collaboré à l’organisation de deux événements d’affaires, dont une mission d’officielles marocains au Salon de la Franchise de Dakar en 2025 et sénégalais au Salon Franchise Exhibition Morocco 2026. Et surtout, cet accord a facilité la mise en relation concrète entre des enseignes marocaines et des opérateurs sénégalais dans plusieurs secteurs.

La FMF vous a-t-elle ouvert des portes vers des enseignes qui n’auraient pas considéré le Sénégal sans ce partenariat ?

Oui, la FMF nous a ouvert des portes. Leur label est un gage de sérieux qui rassure. Et notre convention a bien un pendant : la FMF accompagne des enseignes sénégalaises vers le Maroc et l’ASF facilite le développement des enseignes marocaines au Sénégal. Nous étudions actuellement les dossiers de nos membres, qui souhaitent ouvrir un premier point de vente à Casablanca grâce à ce partenariat.

La coopération avec la FFF a-t-elle un pendant sénégalais : la FFF accompagne-t-elle aussi des enseignes sénégalaises qui souhaitent s’implanter en France ou dans d’autres marchés francophones ?

Nous devons impérativement étendre ce type de conventions à la FASA d’Afrique du Sud et à d’autres organisations sur le continent. Les objectifs seraient :1 ) le partage des meilleures pratiques sur les aspects réglementaires, 2) la mise en relation de master-franchisés potentiels, et 3) la création d’un label panafricain de qualité pour les franchiseurs.

Faut-il étendre ce type de convention à la FMF et les autres organisations africaines ? Quels seraient les objectifs spécifiques de ces partenariats, et qu’est-ce qui a jusqu’à présent retardé leur mise en place ?

Le retard s’explique par des moyens limités et des priorités nationales, mais l’ASF a déjà ses responsabilités en lançant le dialogue dans l’optique de création d’une Confédération Africaine de la Franchise.

Pour une Fédération Panafricaine de la Franchise : l’ASF est-elle prête à s’engager ?

Le Sénégal se positionne comme vitrine de la franchise en Afrique francophone. Cette ambition est-elle compatible avec la construction d’une structure commune qui redistribuerait une partie de cette visibilité ? Comment conciliez-vous leadership sénégalais et solidarité continentale ?

L’ASF est Initiatrice et même demandeuse ! Faire du Sénégal un hub de la franchise, pour moi, ce n’est pas une fin en soi ; c’est une étape pour mieux irriguer le continent. Nous ne cherchons pas la visibilité solitaire, nous voulons être la plateforme qui permet à tous de rayonner.

Si une Fédération Panafricaine de la Franchise était créée, quels seraient ses 3 chantiers absolument prioritaires, au regard des lacunes les plus criantes que vous observez entre les marchés africains ?

Les trois chantiers prioritaires d’une fédération panafricaine seraient :

  1. L’accès au financement : mutualiser nos plaidoyers auprès des institutions financières panafricaines (BAD, BOAD, Afreximbank) pour créer un véhicule de financement dédié à la franchise.
  2. L’harmonisation juridique minimale : proposer un « Code de conduite panafricain » pour les franchiseurs, en attendant l’harmonisation des droits nationaux.
  3. La formation et la certification : créer une certification panafricaine des managers de réseau pour fluidifier la mobilité des talents.

Comment concilier dans une même structure la réalité des marchés anglophones (FASA, très structurés, 727 réseaux, droit commun) et celle des marchés francophones (droit OHADA, structures plus jeunes, moins de moyens) sans que les premiers écrasent les seconds ?

Comment concilier anglophones et francophones ? Dans une structure fédérale, les sous-régions (COMESA, CEDEAO, SADC, UEMOA) seraient représentées, et les décisions majeures se prendraient par consensus, pas à la majorité simple. L’expérience sud-africaine et marocaine enrichirait la nôtre, et notre énergie de « start-up » catalyserait le tout. C’est une complémentarité, pas une compétition.

Quel engagement concret l’ASF est-elle prête à prendre ici, dans Africa Franchise Forum Magazine, pour la création de cette fédération ? Une résolution ? Une contribution financière ? Une proposition de calendrier ?

L’ASF s’engage formellement, ici, dans Africa Franchise Forum Magazine :

  1. Par une résolution de notre conseil d’administration officialisant notre volonté de co-fonder cette fédération.
  2. Par une contribution financière à hauteur de nos moyens et de donner le sierge sociale de cette future confédération.
  3. Par une proposition de calendrier : un atelier préparatoire en marge de notre prochain Salon de la Franchise à Dakar (novembre 2026), et la création effective de l’Alliance Panafricaine de la Franchise (APF) au 1er semestre 2027.

Message croisé et vision finale : ce que le Sénégal dit à ses pairs africaines

Quel message adressez-vous directement à Mohamed ELFANE de la FMF Maroc pour l’inviter à faire de Franchise Exhibition Morocco un salon où les franchiseurs sénégalais et ouest-africains trouvent vraiment leur place ?

À mon ami, mon cher Mohamed ELFANE de la FMF Maroc, je dis ceci : « Cher Mohamed, tout d’abord recevez mes remercîment pour votre intérêt et votre soutien au développement de la franchise au Sénégal. Ensuite félicitation pour Franchise Exhibition Morocco (FEM) qui est un succès et un outil formidable. Mais pour qu’il soit un vrai salon continental, il doit offrir aux franchiseurs africains des conditions d’entrées préférentielles et un espace de networking dédié, où ils seront reçus non comme des spectateurs, mais comme des exposants à part entière. Ensemble, faisons de FEM le salon vitrine de l’excellence en franchise du continent. »

Et quel message adressez-vous à Freddy MAKGATHO de la FASA pour lui dire ce que l’Afrique francophone attend concrètement de la plus grande et plus ancienne association de franchise africaine ?

À Freddy MAKGATHO de la FASA, notre message est un appel à l’Intégration, mais aussi à l’action : « Freddy, l’Afrique francophone, et particulièrement l’Afrique de l’Ouest, a besoin que la FASA sorte de son pré carré anglophone. Nous attendons de vous trois choses : 1) un programme de mentorat de nos associations anglophones naissantes ; 2) un partage de vos standards de certification ; 3) et surtout, votre leadership pour pousser les investisseurs et institutions panafricaines à nous considérer comme des partenaires, pas seulement comme des acteurs marchés. »

Dans 5 ans, si votre feuille de route se déroule comme prévu, à quoi ressemble l’ASF — en termes de membres, de résultats sectoriels, de rayonnement continental — et comment le Sénégal est-il perçu dans l’écosystème franchise africain ?

Dans 5 ans, je vois une ASF avec plus de 200 membres franchiseurs actifs, ayant contribué à la création de plus de 600 nouvelles unités franchisées générant plusieurs milliers d’emplois. Le Sénégal sera perçu comme le « hub certification et formation » de la franchise en Afrique francophone, le pays où l’on vient s’inspirer pour créer des écosystèmes de franchise endogène. Le Sénégal ne sera plus une « vitrine » mais un laboratoire vivant.

Votre dernier mot : qu’est-ce que vous souhaitez que les lecteurs d’Africa Franchise Forum Magazine — franchiseurs, franchisés, investisseurs, institutionnels africains — retiennent de ce que l’ASF accomplit au Sénégal et pour le continent ?

Mon dernier mot : Ce que l’ASF accomplit au Sénégal, c’est la preuve que la franchise, c’est bien plus qu’un contrat. C’est un outil de développement inclusif. C’est un moyen pour un entrepreneur de se hisser à la hauteur des standards mondiaux. C’est un levier pour que des marques africaines structurent l’économie de demain. Aux franchiseurs du monde entier, je dis : venez au Sénégal, venez en Afrique. Mais venez avec humilité, prêts à apprendre autant que vous apportez. Aux investisseurs et institutionnels africains, je dis : investissez dans la franchise, car investir dans un réseau, c’est investir dans un tissu de PME solides. Et aux jeunes, la relève, je dis : la franchise est votre voie royale pour devenir patron, tout en bénéficiant de l’expérience de ceux qui ont réussi.

 » Ensemble, bâtissons l’Afrique que nous voulons, par une franchise endogène et ouverte. « 

Dakar, le 24/05/2026

Georges Sibouké DIEME

Président de l’Association Sénégalaise de la Franchise (ASF)

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