Au cœur du réseau : ce que la plus grande chaîne de franchise d’Afrique australe apporte réellement aux femmes franchisées, et ce qu’il reste à faire.
Pick n Pay, 198 magasins franchisés, 70 % de femmes parmi ses 30 850 employés. Pourtant, la proportion de femmes propriétaires de leur point de vente reste nettement inférieure. Limpho Mda en parle sans détour.
Pick n Pay représente le plus vaste réseau de distribution franchisée en Afrique australe. Elle représente une position que cette édition spéciale a rarement l’occasion de mettre en lumière : ni la franchisée cherchant à intégrer un réseau, ni le franchiseur déployant le sien, mais la professionnelle de la franchise qui fait fonctionner le système de l’intérieur, qui connaît les dossiers de candidature des femmes, qui comprend les obstacles et les leviers, et qui détient une perspective irremplaçable sur le terrain concernant les exigences réelles de l’inclusion effective des femmes dans la franchise de détail africaine.
Profil · Mme Limpho Mda
Pick n Pay en chiffres — 2026
Pick n Pay emploie 70 % de femmes parmi ses 30 850 collaborateurs.

Pourtant, quelle est la proportion de femmes franchisées parmi vos 198 magasins ? Et comment cette proportion a-t-elle évolué au cours des dix dernières années ?
Bien que les employés de Pick n Pay soient constitués d’environ 64 % de femmes, la proportion de femmes franchisées au sein de notre réseau demeure nettement inférieure, bien qu’elle ait progressivement augmenté au fil des ans.
Cet écart illustre une réalité structurelle plus vaste au sein du secteur : l’accès à l’emploi ne se traduit pas nécessairement par une participation au capital.
De manière encourageante, grâce à des initiatives de transformation ciblées et à des stratégies d’inclusion délibérées, nous observons un intérêt et une participation accrus des femmes, notamment ces dernières années.
Cependant, l’accès à la propriété demeure influencé par des facteurs au-delà des intentions, en particulier par l’accès au capital, la capacité financière et la propension au risque.
« En réalité, la propriété est influencée par des facteurs qui transcendent les intentions, notamment l’accès au capital, la capacité financière et la propension au risque. »
Limpho Mda · Directrice Franchise, Pick n Pay
En tant que responsable du développement des franchises, vous évaluez les candidatures des futurs franchisés. Quelles sont les caractéristiques du profil type d’une candidate pour une franchise PnP, et en quoi se distingue-t-il du profil masculin ?
Du point de vue d’un responsable de franchise, les candidates disposent d’une expérience opérationnelle substantielle, et beaucoup d’entre elles ont progressé dans des secteurs tels que la vente au détail, la finance ou les entreprises.
Elles démontrent généralement une grande rigueur, un sens aigu des responsabilités et d’excellentes compétences en leadership.
Lorsque des divergences se manifestent, elles ne se trouvent pas dans les compétences, mais dans la situation initiale. Les candidates peuvent aborder le processus avec des structures financières plus prudentes et équilibrent souvent différemment leurs engagements financiers personnels et leur prise de risque.
Leur motivation est souvent orientée par un objectif précis : la stabilité à long terme, la construction d’un héritage et l’impact sur la communauté, ce qui s’aligne parfaitement avec l’éthique de développement durable de la franchise.
Quel est le taux d’acceptation des candidatures féminines par rapport à celles des candidats masculins ? À quelle étape du processus les disparités sont-elles les plus prononcées ?
Le processus de sélection formel est élaboré pour garantir l’équité et se concentrer sur les compétences, mais en réalité, les disparités les plus notables se manifestent souvent en ce qui concerne l’éligibilité financière et le financement.
Ce phénomène n’est pas exclusif à Pick n Pay, mais illustre plutôt des dynamiques économiques plus vastes où l’accès au capital et aux garanties peut être inégal. Par conséquent, bien que la volonté de contracter un prêt soit forte chez les deux sexes, la conversion en acquisition est souvent déterminée par les structures de financement et le soutien financier, plutôt que par l’adéquation ou la compétence.
« Le processus de sélection formel est élaboré pour garantir l’équité et se concentrer sur les compétences, mais en réalité, les disparités les plus notables se manifestent souvent en ce qui concerne l’éligibilité financière et le financement. »
Limpho Mda · Directrice Franchise, Pick n Pay
La stratégie de franchise du Groupe vise à renforcer l’autonomisation des franchisés au sein des communautés à revenus modestes et moyens. Concrètement, cette stratégie a-t-elle engendré des résultats mesurables concernant l’augmentation de la proportion de femmes franchisées ?
Notre stratégie a été essentielle pour renforcer l’accès. Cependant, l’un des principaux enseignements est que cet accès doit être accompagné d’un soutien à la pérennité. Au-delà de l’intégration au système, le succès à long terme dépend d’un soutien opérationnel, financier et stratégique continu pour assurer sa résilience dans le temps.
L’initiative BBBEE : portée et limites.
Pick n Pay a réalisé des investissements significatifs dans des entreprises BBBEE, en mettant un accent particulier sur les entrepreneures noires. Concrètement, comment ce dispositif se manifeste-t-il dans le parcours d’une candidate à une franchise PnP ? Et quelles sont les limites de l’initiative BBBEE ?
Le programme BBBEE a été essentiel dans la promotion de l’inclusion, notamment par le biais de mécanismes de financement, du développement des entreprises et de la création d’opportunités structurées pour les femmes entrepreneures noires.
Concrètement, cela se manifeste par un accès amélioré au financement, aux voies de développement et, dans certains cas, par une diminution des obstacles à l’entrée.
Cependant, le programme BBBEE ne peut à lui seul résoudre complètement tous les problèmes. Des réalités structurelles telles que les schémas de financement, l’endettement et les conditions du marché continuent d’influencer de manière significative la performance à long terme.
Les mécanismes d’inclusion constituent une première étape, mais un succès durable requiert un écosystème de soutien plus vaste, englobant l’éducation financière, le développement des compétences opérationnelles et un mentorat continu.
En tant que responsable de franchise, quel est votre rôle précis pour soutenir un franchisé en difficulté, et comment ce soutien est-il ajusté aux défis spécifiques rencontrés par les femmes franchisées, en particulier durant les premiers mois ?
En tant que gestionnaires de franchise, notre mission consiste à offrir un soutien opérationnel et stratégique bien structuré aux franchisés tout au long du cycle de vie de leur entreprise, non seulement lors de leur prise de fonction, mais également durant l’intégralité de leur activité.
Cela inclut l’alignement opérationnel et les standards, le suivi des performances financières, le coaching et le développement des aptitudes, ainsi qu’une intervention là où le risque a été identifié.
Notre approche ne varie donc pas en fonction du sexe, mais plutôt des besoins, assurant ainsi que chaque franchisé reçoit un soutien qui favorise la durabilité à long terme.
L’obstacle le plus tenace — celui des dossiers, pas des discours.
Après toutes ces années chez Pick n Pay, quel est l’obstacle le plus tenace à l’accès des femmes à la franchise PnP ? Non pas l’obstacle théorique, mais celui que l’on observe dans les dossiers et lors des interactions avec les candidates.
L’obstacle le plus tenace réside dans l’accès à un financement adéquatement structuré et durable, non seulement lors du lancement, mais également tout au long du cycle de vie de l’entreprise.
La franchise requiert des capitaux considérables et une gestion opérationnelle sophistiquée.
Lorsque les structures de financement sont fortement endettées ou que les réserves financières sont restreintes, la viabilité de l’activité est sérieusement compromise, en particulier dans un contexte économique défavorable.
Il s’agit d’un problème systémique, et non d’un problème de genre.
Toutefois, en raison des inégalités historiques d’accès au capital, cette problématique peut toucher de manière disproportionnée les femmes qui entrent dans le système ou y exercent une activité.
« Il s’agit d’un problème systémique, et non d’un problème de genre. Toutefois, en raison des inégalités historiques d’accès au capital, cette problématique peut toucher de manière disproportionnée les femmes qui entrent dans le système ou y exercent une activité. »
Limpho Mda · Directrice Franchise, Pick n Pay
Trois réformes pour remédier à l’écart
Le secteur de la franchise de détail en Afrique du Sud est l’un des plus développés du continent. Pourtant, la proportion de femmes franchisées dans la grande distribution reste inférieure à celle des femmes dans la population active. Quelles réformes concrètes le système doit-il mettre en œuvre au cours des deux prochaines années ?
Pour remédier véritablement à cet écart, le système doit progresser dans trois domaines essentiels :
- Modèles de financement : Des structures de financement plus flexibles et orientées vers la durabilité, visant à atténuer la pression à long terme plutôt qu’à se contenter de faciliter l’accès au marché.
- Accompagnement post-ouverture : Soutien structuré et continu après l’ouverture, englobant un appui financier et des conseils stratégiques.
- Développement du vivier de candidates : Identification et préparation anticipées des candidates pour assurer leur adéquation avant leur intégration dans le système de franchise.
La prochaine phase de transformation doit donc évoluer de l’accès à la propriété vers la pérennité de cette propriété. Pour l’inclusion des femmes, cela implique des voies d’accès délibérées, un développement systématique des compétences et un soutien opérationnel ininterrompu.
Ce que l’Afrique francophone peut apprendre du modèle PnP.
Pick n Pay est implanté dans six pays africains, mais l’Afrique francophone — Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, zone UEMOA — n’est pas représentée dans son réseau. Que pourraient tirer les écosystèmes de franchise de l’Afrique francophone du modèle PnP en matière d’inclusion des femmes ?
Le modèle Pick n Pay illustre l’importance des systèmes structurés, des normes opérationnelles précises, des cadres de formation et des mécanismes de soutien permanents. Des éléments tels que le BBBEE, les cadres SETA et les organismes industriels établis tels que la FASA sont propres au contexte sud-africain et peuvent ne pas être directement transposables.
Ce qui peut être reproduit, c’est le principe : la franchise en tant qu’écosystème structuré, et non pas simplement comme un modèle économique. La prochaine phase de transformation doit donc évoluer de l’accès à la propriété vers la pérennité de cette propriété.
Les compétences RH au service des franchisées.
Vous avez commencé votre carrière chez Pick n Pay en tant qu’administrateur des ressources humaines. Ce parcours interne — de la formation à l’accompagnement des franchisés , est exceptionnel. Quelles compétences avez-vous acquises dans vos fonctions RH qui vous rendent plus efficace auprès des femmes franchisées ?
Ma formation en ressources humaines a joué un rôle crucial dans ma perspective sur le monde de la franchise.
Elle m’a permis d’acquérir une compréhension approfondie des dynamiques humaines, de la conformité, du droit du travail et du comportement organisationnel, qui sont autant d’éléments essentiels dans un environnement de franchise.
La franchise ne se limite pas à des opérations, mais englobe également des individus qui gèrent des entreprises sous pression. Mon expérience en ressources humaines me permet d’accompagner les franchisés de manière holistique, non seulement dans les actions à entreprendre, mais également dans la manière de les exécuter et de les pérenniser.
PnP propose un portail d’apprentissage en ligne, des programmes de formation certifiants et un partenariat avec W&R SETA. Cependant, des obstacles pratiques demeurent : contraintes temporelles dans les environnements opérationnels, accès à la technologie dans divers contextes, difficulté à concilier la formation et les exigences quotidiennes.
Pour les femmes, ces défis peuvent être exacerbés par des responsabilités additionnelles en dehors de l’entreprise.
Message à la femme africaine qui veut entrer dans la franchise de grande distribution.
Un message direct à la femme africaine désireuse de se lancer dans la franchise de grande distribution, celle qui a les compétences, mais qui estime que les grandes entreprises ne lui conviennent pas. Que lui dites-vous ?
À toutes les femmes qui envisagent de se lancer dans la franchise, je dirai trois choses :
- Tout d’abord, comprenez que la franchise ne se limite pas à une opportunité commerciale ; c’est un engagement opérationnel à long terme qui requiert résilience, discipline et préparation financière.
- Deuxièmement, assurez-vous que votre candidature soit soigneusement structurée. Précisez votre financement, évaluez vos risques financiers et garantissez la présence de systèmes de soutien appropriés.
- Enfin, ne sous-estimez pas vos compétences. Les femmes offrent au monde des affaires un leadership puissant, de la rigueur et une vision orientée vers le développement durable. Lorsque ces atouts sont soutenus par des structures appropriées, ils se traduisent par un succès significatif et pérenne.
Note éditoriale
L’entretien avec Mme Limpho Mda apporte un éclairage institutionnel rare : celui d’une professionnelle qui voit les dossiers, connaît les obstacles concrets et comprend les leviers réels. Son diagnostic, un problème systémique de financement, non de genre, est l’une des réponses les plus lucides formulées dans cette édition spéciale sur la position des femmes dans la franchise africaine.