Panorama trimestriel : la franchise africaine change d’échelle
Par la rédaction — Africa Franchise Forum Magazine
Un marché encore modeste, mais structurellement en cours de professionnalisation
Le marché africain de la franchise pèse aujourd’hui environ 94 milliards de dollars sur la période 2022-2024, un chiffre qui, mis en perspective, ne représente que 2 à 5 % du marché mondial, évalué à 133 milliards de dollars en 2024.
L’écart est encore plus parlant lorsqu’on regarde le financement : le déficit est estimé à 7,51 milliards de dollars, un montant qui mesure à lui seul le chemin restant à parcourir pour que le secteur atteigne sa pleine maturité.
Les chiffres clés du marché
Géographiquement, le continent reste très déséquilibré. L’Afrique du Sud concentre à elle seule plus de 80 % de l’activité continentale, loin devant le Nigeria et les pays du Maghreb.
Sur le plan juridique, la situation reste tout aussi contrastée : seuls deux pays, la Tunisie et l’Afrique du Sud, disposent aujourd’hui d’une législation spécifique dédiée à la franchise. C’est précisément ce vide réglementaire qui alimente la montée en puissance, ces derniers mois, des réflexions autour du droit OHADA comme cadre alternatif de sécurisation pour l’Afrique francophone, un chantier à suivre de près dans nos prochaines éditions.
Grands mouvements capitalistiques : les enseignes qui font l’actualité
Plusieurs opérations structurantes ont marqué les mois écoulés, confirmant que la franchise africaine attire désormais des acteurs de premier plan :
- Carrefour en Éthiopie, via un accord de franchise historique conclu avec le groupe MIDROC ;
- REMAX poursuit son implantation en Côte d’Ivoire, avec l’ouverture récente d’un « Rendé Vōō » spécifiquement dédié à la question foncière pour la diaspora ;
- Enko Capital, fonds de private equity africain, a racheté Burger King Côte d’Ivoire — un signal fort de l’entrée directe du capital-investissement africain dans le capital des réseaux de franchise ;
- En parallèle, la presse spécialisée note un repli de Shoprite face à l’avancée de Carrefour sur le continent, illustrant une recomposition en cours du paysage retail.
Ces mouvements dessinent une tendance de fond : la franchise n’est plus seulement un mode d’entrée sur le marché pour les enseignes étrangères, elle devient aussi un actif que les fonds africains eux-mêmes cherchent à consolider et à faire fructifier.
Un calendrier d’événements particulièrement chargé
L’écosystème vit actuellement au rythme d’une série de rendez-vous majeurs, révélateurs d’une volonté affichée de construire un narratif panafricain plutôt que de dépendre uniquement de modèles importés :
- AFCAA 2026 (Africa Franchise & Commerce Associé Awards) à Dakar — première cérémonie panafricaine dédiée au secteur ;
- L’Expo Libye 2026 à Tripoli — premier salon franchise de l’histoire libyenne, avec 70 marques et 15 pays annoncés ;
- AFRETAIL 2026 à Paris, qui positionne la Côte d’Ivoire comme hub du retail francophone ;
- FRANEX 2026 et les WeFranchiz Days en Tunisie ;
- Les éditions marocaine et égyptienne des salons franchise, qui confirment la vitalité de l’Afrique du Nord sur ce terrain.
Cette densité d’événements, inédite sur une même période, traduit une accélération de la mise en réseau des acteurs du secteur à l’échelle continentale.
Les grands chantiers structurels du secteur
Trois débats reviennent de façon constante dans nos colonnes ces dernières semaines.
1. Le financement. L’absence d’un fonds de garantie continental dédié spécifiquement à l’acquisition de franchises est identifiée comme le principal chaînon manquant de l’écosystème, et ce malgré l’existence du Fonds africain de garantie pour les PME.
2. Les profils de franchisés. Le paysage se diversifie : franchisé individuel, multi-franchisé, master franchisé, franchisé institutionnel (à l’image de Prosuma ou CFAO) et investisseurs de la diaspora coexistent désormais. Cette dernière catégorie est d’ailleurs identifiée par Afreximbank comme un vivier stratégique pour l’avenir du secteur.
3. L’inclusion des femmes. C’est un thème récurrent, porté notamment par ASF Sénégal, la FFiA ou encore Pick n Pay en Afrique australe, autour de l’autonomisation économique par la franchise.
Une diversification sectorielle notable
Si la restauration rapide reste dominante en Afrique francophone, l’offre se diversifie nettement au-delà de ce socle historique : l’immobilier avec REMAX, le sport avec la NBA et le basketball africain, l’agriculture sociale avec Canaan Land Africa, l’éducation, ou encore la beauté « Made in Africa » depuis la Tanzanie.
En écho à un article que nous publiions récemment, la santé s’invite elle aussi dans le débat, à l’image de Dis-Chem en Afrique du Sud, qui utilise son réseau retail comme levier d’accompagnement en santé mentale.
Ce qu’il faut retenir
Le franchisage africain reste, en valeur absolue, un marché de niche à l’échelle mondiale.
Mais sa trajectoire, multiplication des opérations capitalistiques, agenda événementiel dense, structuration juridique en marche et diversification sectorielle, dessine un secteur en phase d’accélération.
Le financement et l’harmonisation réglementaire demeurent les deux verrous majeurs à lever pour transformer cet élan en changement d’échelle durable.
Africa Franchise Forum continuera de suivre ces chantiers dans ses prochaines éditions.
Article rédigé par la Rédaction d’Africa Franchise Forum Magazine
© Éditions Prescicom SARL, Abidjan, Côte d’Ivoire