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Au-delà du business : la franchise, dernier rempart pour la paix économique en Afrique ?

Franchise et paix en Afrique : quand le commerce associé devient un facteur d'intégration

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Tribune Économique Panafricaine

Quand une crise dans un pays frappe les enseignes d’un autre : la franchise, victime collatérale des tensions africaines

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Une crise éclate dans un pays. Quelques jours plus tard, à des milliers de kilomètres, des commerces sont pris pour cibles, non parce qu’ils sont liés à cette crise, mais parce qu’ils portent une enseigne originaire du pays concerné.
Ce phénomène de représailles transnationales contre des marques et des franchises s’est déjà produit à plusieurs reprises sur le continent.Il ne règle rien, et abîme au passage l’un des instruments les plus prometteurs d’intégration économique et de paix entre pays africains.

Un phénomène continental, pas un cas isolé.

En septembre 2019, dans le sillage de violences xénophobes en Afrique du Sud visant des ressortissants d’autres pays africains, des commerces portant des enseignes sud-africaines ont été pris pour cibles au Nigeria et en Zambie, en représailles.

Des points de vente Shoprite ont été attaqués à Lagos ; les locaux de l’opérateur télécom MTN ont été assiégés dans plusieurs villes nigérianes au point que le groupe a dû fermer temporairement ses bureaux ; un magasin Pick n Pay a été saccagé à Lusaka ; le groupe Pepkor a dû fermer 28 magasins entre les deux pays, 21 à Lagos et 7 à Lusaka.

Deux mois plus tard, un tout autre différend (cette fois commercial et diplomatique, entre le Nigeria et le Ghana, après la fermeture unilatérale de sa frontière terrestre par Abuja)  a déclenché une vague de représailles similaire mais inversée : des commerçants ghanéens, regroupés au sein du syndicat GUTA, ont fermé de force des dizaines de boutiques appartenant à des ressortissants nigérians à Accra et Kumasi, en marge de tout cadre légal.

Dans les deux cas, le mécanisme est identique : une tension née ailleurs, entre deux États, se règle localement sur le dos d’entreprises qui n’ont elles-mêmes aucune responsabilité dans son origine.

Une cible doublement injuste.

Ce qui frappe dans ces épisodes, c’est le décalage entre la cible et la cause. Les commerces visés ne sont, pour l’écrasante majorité, ni responsables des politiques migratoires d’un gouvernement, ni parties prenantes d’un différend douanier entre deux capitales.

Dans le cas des enseignes et franchises internationales en particulier, la réalité économique est même inverse de la perception : un point de vente Shoprite ou Pick n Pay au Nigeria ou en Zambie emploie très majoritairement du personnel local et s’inscrit dans le tissu fiscal et commercial du pays où il opère, au même titre qu’une boutique nigériane à Accra fait vivre des familles ghanéennes par les emplois qu’elle génère localement.

S’y attaquer revient à punir deux fois la même population : une première fois en tant que spectatrice d’une crise qui la dépasse, une seconde fois en tant que première victime économique de la réponse qui lui est apportée, à travers la perte d’emplois et de services de proximité.

Un coût qui s’accumule à l’échelle du continent.

Ces épisodes de représailles ne sont jamais un facteur isolé, mais ils s’ajoutent à un faisceau de difficultés ( change, logistique, fiscalité, instabilité réglementaire) qui pèsent déjà sur l’expansion des réseaux panafricains.

Le cas du groupe Shoprite est, à cet égard, révélateur : présent pendant près de deux décennies dans une quinzaine de pays africains, le distributeur sud-africain s’est progressivement retiré de la Tanzanie, de la République démocratique du Congo, du Kenya, de l’Ouganda, de Madagascar, puis du Nigeria et, plus récemment, du Ghana et du Malawi, pour se recentrer sur son marché domestique.

Les analyses de ce retrait du Nigeria citent, parmi d’autres facteurs structurels comme le coût des devises ou la logistique portuaire, les épisodes de violences xénophobes de 2019 comme l’un des éléments ayant pesé sur la confiance et la rentabilité de ces opérations.

Chaque fermeture de ce type prive un pays d’emplois locaux, de fournisseurs, de recettes fiscales et d’un canal de formation professionnelle  au moment même où le continent cherche à accélérer son intégration commerciale à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Le paradoxe d’une Afrique qui se veut intégrée.

C’est là que réside le paradoxe le plus frappant.

Au moment même où les gouvernements africains négocient et mettent en œuvre des accords de libre circulation des biens, des services et des capitaux à l’échelle continentale, des épisodes de représailles populaires contre des enseignes étrangères d’origine africaine viennent fragiliser, ville par ville, la confiance que ces mêmes accords cherchent à construire entre États.

Un investisseur ou un franchiseur qui voit une enseigne sœur prise pour cible dans un pays voisin, en réaction à une crise qui ne le concerne pas, réévaluera nécessairement son propre risque d’expansion.

La violence commerciale de représailles n’est donc pas seulement un problème local : elle a un coût réputationnel et un effet dissuasif sur l’investissement intra-africain dans son ensemble.

La franchise comme facteur de paix par l’intégration économique.

À l’inverse, l’histoire économique offre une leçon constante : plus les intérêts économiques de deux pays sont imbriqués (capitaux croisés, emplois mutuels, chaînes d’approvisionnement partagées) plus le coût d’un conflit ou d’une rupture devient élevé pour les deux parties, ce qui incite à la désescalade plutôt qu’à l’affrontement.

La franchise, par nature, produit ce type d’interdépendance à une échelle particulièrement concrète et visible : une enseigne originaire d’un pays A, exploitée par des entrepreneurs et des salariés du pays B, crée un lien économique tangible entre les deux nations, ancré dans l’emploi quotidien plutôt que dans la seule diplomatie.

Multipliée à l’échelle du continent, cette toile de franchises croisées peut devenir un puissant facteur de stabilité : chaque enseigne qui s’installe durablement dans un pays voisin est un pari sur la paix et la coopération entre les deux économies.

Un appel aux acteurs publics et privés.

Ce constat appelle une mobilisation à deux niveaux.

  • Du côté des pouvoirs publics : il s’agit de protéger fermement les commerces étrangers légalement installés en cas de tensions, de sanctionner les débordements, et d’inscrire la promotion des investissements intra-africains — y compris sous forme de franchise — au cœur des politiques d’intégration régionale, notamment dans le cadre de la ZLECAf.
  • Du côté du secteur privé : les fédérations et associations de franchise du continent ont un rôle à jouer pour documenter, dans chaque crise, le poids réel de l’emploi local généré par ces réseaux, afin de démonter avec des faits la perception d’une « présence étrangère » hostile.

Investir dans le développement de la franchise panafricaine, c’est donc investir, très concrètement, dans un facteur de croissance et de paix pour le continent.

Conclusion : défendre un instrument de paix économique.

Il n’appartient pas à ce magazine de résoudre les crises diplomatiques, sociales ou migratoires qui, de temps à autre, opposent des pays africains entre eux.

Il lui revient en revanche de rappeler, avec la conviction d’un média au service de tout un écosystème, ce que ces crises mettent en péril lorsqu’elles débordent sur le commerce : un tissu d’interdépendances économiques patiemment construit, qui profite aux populations locales des deux côtés de chaque frontière.

Défendre la franchise et le commerce associé sur le continent, c’est défendre un facteur tangible de paix et de prospérité partagée un message que ce magazine entend porter sans relâche, dans l’intérêt supérieur de la franchise en Afrique.

Notes et sources

  1. Africanews, « Nigerians attack South African business in retaliation to xenophobic attacks », 4 septembre 2019.
  2. Bloomberg, « MTN and Shoprite Among Firms in Nigeria Facing Xenophobia Backlash », 4 septembre 2019.
  3. Quartz Africa, « Xenophobic attacks on African migrants in South Africa have been escalated by misinformation », 4 septembre 2019.
  4. Vanguard News, « Xenophobic attacks: Mob attack MTN, Shoprite in Lagos », 3 septembre 2019.
  5. Africanews, « Nigerians online reject attacks on South African businesses », 5 septembre 2019.
  6. Trendtype Africa and Middle East, « Shoprite’s in trouble in Nigeria – what does it mean? », septembre 2025.
  7. Vanguard News, « Ghana Traders lock Nigerian owned shops », 2 novembre 2019.
  8. Nairametrics, « Border closure retaliation: Ghanaian traders union shuts Nigerian shops, to clamp down on more », 1er novembre 2019.
  9. African Marketing Confederation, « After years of struggle in Nigeria, last Shoprite stores close their doors », 2026 ; Tanzania Times, « Why is Shoprite closing all its supermarkets across Africa? », 2025.

Article rédigé par la Rédaction d’Africa Franchise Forum Magazine

afranchiseforum-mag.com

© Éditions Prescicom SARL, Abidjan, Côte d’Ivoire

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Bernard ZOBOconsultant en franchise

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