Africa Franchise Forum Magazine
ASF : un acteur essentiel dans la promotion de l’inclusion des femmes au sein de l’écosystème de la franchise en Afrique de l’Ouest.
Le Sénégal entre ambitions institutionnelles et réalités terrain : ADEPME, OHADA, UEMOA, CJD, et l’absence d’une loi spécifique sur la franchise. Un diagnostic sans concession signé Dr Sarata Diedhou.
Le Sénégal se distingue par l’un des écosystèmes institutionnels les plus dynamiques en matière de soutien à l’entrepreneuriat féminin en Afrique de l’Ouest francophone.
Pourtant, la franchise formelle demeure largement inaccessible aux femmes, et la franchise elle-même n’est régie par aucune législation spécifique. Dr Sarata Diedhou est le seul interlocuteur de cette édition à avoir exprimé ces deux réalités contradictoires et à avoir mis en lumière ce qui fait encore défaut.
Profil · Dr Sarata Diedhou
Le cadre de la franchise au Sénégal — état des lieux 2025
Quel est le véritable profil de la franchisée sénégalaise en 2025 — son secteur d’activité, son profil socio-économique, son degré d’intégration dans les réseaux formels — et en quoi ce profil diverge-t-il des idées reçues ?
Aujourd’hui, les femmes franchisées sénégalaises demeurent en minorité et exercent principalement dans le secteur formel. Une analyse approfondie indique qu’elles sont particulièrement actives dans des domaines tels que la beauté, la restauration ou divers services à la personne.
Ce sont des secteurs où elles détiennent souvent une expertise développée au sein de l’économie informelle.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la majorité ne sont pas nécessairement des femmes déjà bien établies ou intégrées dans des réseaux formels. Beaucoup d’entre elles sont entrepreneuses, mais évoluent en dehors des circuits de franchise conventionnels.
Il existe bien davantage de modèles « inspirés de la franchise » dans le secteur informel que de véritables franchises structurées dirigées par des femmes.
En dehors de Dakar et des quartiers huppés, quelle est la réalité de la franchise accessible aux femmes sénégalaises ?
Soyons clairs : les franchises présentes à Dakar, dans des quartiers tels qu’Almadies ou Plateau, avec des marques internationales, ne sont pas à la portée de la majorité des Sénégalaises.
En dehors de ces zones, on se situe davantage dans le domaine des modèles hybrides, parfois plus proches du commerce de détail traditionnel, ou de petites chaînes locales qui ne sont pas encore juridiquement établies en tant que franchises.
Pour de nombreuses femmes, le principal obstacle reste le coût d’entrée, l’accès à l’information et, surtout, un accompagnement adapté aux réalités socio-économiques du Sénégal.
L’accès à la franchise est encore considéré comme un privilège, et l’accompagnement est souvent fourni par des experts non résidents peu disposés à s’adapter au contexte local.
« Les femmes sont largement représentées en tant que prestataires de services et propriétaires de petits salons ou instituts indépendants, mais peu d’entre elles disposent de réseaux structurés et franchisés. »
Dr Sarata Diedhou · Vice-Présidente ASF
Le Sénégal déploie des efforts considérables avec l’ADEPME, le programme WEE 4 LINGEER, le projet PAVIE et les prêts de la BAD. Cependant, la franchise formelle demeure largement inaccessible aux femmes. Comment peut-on justifier cet écart entre les ambitions politiques et la réalité sur le terrain ?
Outre un activisme institutionnel insuffisant, où de nombreuses agences méconnaissent le concept de franchise et son importance pour l’entrepreneuriat et l’investissement, plusieurs obstacles expliquent ce manque de soutien.
Les programmes se concentrent sur l’entrepreneuriat en général plutôt que sur la franchise spécifiquement, alors que celle-ci nécessite une structure plus élaborée sur les plans juridique, financier et opérationnel.
De surcroît, l’investissement initial demeure trop élevé pour de nombreuses femmes, et l’absence d’une culture de la franchise entrave son adoption.
Le problème réside dans le fait que la franchise n’est pas encore intégrée en tant que modèle spécifique au sein de ces systèmes. Une femme peut obtenir un financement pour créer une entreprise, mais elle n’est pas nécessairement accompagnée pour comprendre, intégrer ou développer une franchise.
Il existe donc un décalage entre les outils disponibles et les besoins réels. Les résultats investissements publics bénéficient davantage aux PME traditionnelles qu’aux franchisés, qui présentent pourtant une fiabilité supérieure à long terme.
L’absence de loi franchise : un obstacle disproportionné pour les femmes.
Au Sénégal, la franchise n’est régie par aucune législation spécifique. Les contrats s’appuient sur la loi OHADA ainsi que sur le Code des obligations civiles et commerciales. En quoi cette absence de cadre législatif dédié constitue-t-elle un obstacle particulier pour les femmes souhaitant entrer dans le secteur de la franchise ?
L’absence de législation spécifique concernant la franchise au Sénégal représente un obstacle significatif, en particulier pour les femmes, en raison de l’asymétrie d’information dans les contrats, de la faiblesse de la protection juridique, des difficultés à négocier avec des franchiseurs expérimentés et d’un manque de normalisation.
Dans un contexte où les femmes ont déjà un accès restreint aux ressources (information, capital, réseaux), cette absence de cadre réglementaire aggrave les inégalités.
L’ASF joue un rôle crucial en plaidant auprès des institutions publiques pour une réglementation appropriée, potentiellement liée à la loi OHADA.
Trois réformes concrètes pour le gouvernement sénégalais.
Si vous aviez la possibilité de recommander trois réformes spécifiques que l’État sénégalais devrait mettre en œuvre au cours des deux prochaines années pour garantir un accès réel des femmes à la franchise formelle, lesquelles sélectionneriez-vous ?
- Adoption d’une législation sur la franchise visant à sécuriser les investisseurs, à réduire les asymétries et à harmoniser le secteur de la franchise au Sénégal.
- Création d’un fonds spécifiquement destiné à la franchise féminine pour atténuer les obstacles financiers et inciter les femmes entrepreneures à adopter ce modèle d’entreprise.
- Incitations fiscales pour les franchiseurs inclusifs visant à promouvoir l’intégration des femmes dans les réseaux de franchise.
Le plan « Impact PME » de l’ADEPME pour 2026-2030 inclut explicitement les femmes entrepreneures parmi ses cibles prioritaires. L’ASF a-t-elle été consultée lors de l’élaboration de ce plan ? Ce document comporte-t-il un volet franchise répondant spécifiquement aux besoins des femmes ?
L’ASF a été engagée dès le début et était présente lors de cette cérémonie. Depuis plusieurs années, grâce à ses efforts de plaidoyer, l’ADEPME a inclus l’accès des PME au réseau de franchise dans son plan « Impact PME ».
Un accord de partenariat entre les deux institutions sera signé prochainement.
Le principal défi réside dans la coordination.
En effet, de nombreux acteurs privés externes compromettent le développement d’un écosystème de franchise harmonisé au Sénégal en tentant de collaborer directement avec l’ADEPME sans impliquer les acteurs locaux.
Un impact significatif nécessite un volet franchise clairement défini, une concertation active avec l’ASF et une approche pragmatique et opérationnelle.
Au gouvernement et aux femmes entrepreneures sénégalaises.
Un message direct (une requête, un défi, un appel) destiné à la fois au gouvernement sénégalais et aux femmes entrepreneures sénégalaises qui hésitent encore à s’engager dans la franchise formelle.
Au gouvernement sénégalais : La franchise constitue un instrument puissant pour la formalisation de l’activité économique. En l’absence d’un cadre juridique adéquat ou d’une stratégie ciblée, elle demeurera un levier sous-exploité pour l’inclusion des femmes. Il est essentiel de transitionner d’une approche générale de soutien à l’entrepreneuriat vers une approche plus ciblée, centrée sur des modèles tels que la franchise.
Aux femmes entrepreneures sénégalaises : La franchise n’est pas l’apanage d’une élite. C’est un modèle accessible, organisé et potentiellement sécurisé, à condition de s’informer adéquatement, de se former et d’oser entreprendre.
Note éditoriale.
Dr Sarata Diedhou apporte quelque chose de rare : un témoignage institutionnel ancré dans la réalité du terrain sénégalais. Son diagnostic est sans concession; les programmes existent, les ambitions sont là, mais la franchise reste un impensé dans les politiques publiques d’appui à l’entrepreneuriat féminin.
Son plaidoyer pour une loi spécifique sur la franchise au Sénégal, articulée avec le droit OHADA, est l’un des appels à l’action les plus concrets de cette édition spéciale.