Franchisée et Consommatrice : quand la protection du consommateur devient un levier d’inclusion de la femme dans la franchise africaine.
La femme africaine dans la franchise joue simultanément deux rôles que personne ne relie jamais : elle est franchisée (opératrice) ET consommatrice des services qu’elle propose à sa clientèle. Ces deux positions sont indissociables — et dans les deux cas, ses droits sont insuffisamment protégés.
La présence de l’Organisation Africaine des Consommateurs dans cette édition spéciale répond à une logique éditoriale rigoureuse et non à une logique de représentation symbolique.
Elle tient à une articulation conceptuelle qui est au cœur de cette édition, mais qui reste systématiquement sous-traitée dans la littérature sectorielle : la femme africaine dans la franchise est simultanément opératrice ET consommatrice.
L’OAC est l’institution continentale la mieux positionnée pour articuler ces deux dimensions. Aucune autre organisation de cette édition ne porte ce double regard.
Profil · Ngo Issi epse Mbock
Du côté opératrice, la franchise lui impose un cadre contractuel (droit d’entrée, redevances, cahier des charges, exclusivité territoriale, clauses de résiliation) dans lequel elle est en position de faiblesse relative face au franchiseur, notamment lorsqu’elle manque d’accès à un conseil juridique indépendant.
Du côté consommatrice, elle sert une clientèle (majoritairement féminine dans les secteurs beauté, restauration, services) qui a elle-même des droits : droit à une qualité homogène des services, droit à une information transparente sur les prix, droit de recours en cas de litige.
Du point de vue du droit de la consommation, comment analysez-vous la position d’une femme franchisée face à un contrat de franchise en Afrique francophone où le droit de la franchise reste peu codifié ?
Nous pensons que dans le cadre réglementaire, le dispositif permettant aux franchisées d’être protégées existe, mais il se pose un problème de vulgarisation des mécanismes de protections. Cette carence rend ce secteur d’activité très complexe.
Les organisations de défense des consommateurs africaines traitent des litiges impliquant des franchisées. Au Cameroun, nous avons souvent été témoins des conflits entre le franchiseur et la franchisée ,généralement dans la mauvaise exécution des clauses du contrat, soit parce qu’une partie ne s’est pas bien approprié les conditions, soit parce que les ventes n’ont pas suivi, surtout pour les produits cosmétiques dont la qualité n’est pas standardisée.
Un contrat de franchise standard en Afrique comporte généralement un droit d’entrée, des redevances sur chiffre d’affaires, des obligations de formation, des clauses d’exclusivité territoriale et des conditions de résiliation.
Du point de vue de la protection du consommateur-opérateur, quelles sont les clauses les plus potentiellement préjudiciables pour une femme franchisée peu assistée juridiquement ?
Les contrats qui respectent le canevas sont des barrières qui encadrent l’activité de la franchise — oui, elles sont assistées juridiquement. Le seul bémol, c’est qu’au Cameroun par exemple, les procédures sont longues et onéreuses, ce qui découragent plusieurs femmes franchisées qui se limitent juste à la dénonciation, qui prend une tournure de sensibilisation afin d’édifier d’autres femmes.
« Certaines études ont pu démontrer que les femmes africaines, de par la culture et la coutume, n’ont pas toujours droit à revendiquer leurs droits — et pour celles qui tentent de le faire, elles s’y prennent mal. C’est pour cette raison que nos associations de défense des droits des consommateurs travaillent beaucoup plus avec des associations de femmes leaders et les communautés. »
Ngo Issi Mbock · Vice-Présidente OAC
L’OHADA et le vide juridique sur la franchise : comment le combler ?
L’OHADA harmonise le droit commercial en Afrique francophone, mais ne comporte pas de dispositions spécifiques sur la franchise. Est-ce un vide juridique que les organisations de consommateurs comme l’OAC devraient s’employer à combler, et de quelle manière ?
Bien évidemment que le vide juridique doit être comblé et la méthode que nous pouvons proposer c’est la multiplication des plaidoyers avec la mise en exergue des cas qui se sont terminés par des pertes.
Également la mise en place d’une plateforme OAC-parlementaires en vue de faire en sorte que les parlementaires proposent une loi qui viendra combler le vide juridique. Faire intervenir également la société civile traitant des questions spécifiques liées à l’économie.
Les petites et moyennes entreprises africaines — et les femmes entrepreneures en particulier — ont rarement accès à un conseil juridique indépendant au moment de signer un contrat de franchise. Quelle est la responsabilité du franchiseur dans ce déséquilibre d’information ? Et quel rôle peuvent jouer les associations de consommateurs pour corriger cette asymétrie ?
Pour mieux protéger les entreprises africaines locales où les femmes sont des actrices principales, il faut un cadre réglementaire ambitieux et clair. Il faut autant que possible éviter la complexité afin que les interprétations qui seront faites ne portent pas atteinte à la partie lésée.
Pour cela les associations des consommateurs doivent importuner les pouvoirs publics pour la mise en place d’un cadre réglementaire adaptée et surtout à son respect strict.
Le contrôle qualité des produits franchisés : qui protège les consommatrices africaines ?
Dans les secteurs à forte présence féminine — beauté, santé, éducation, restauration — les produits utilisés dans les réseaux franchisés (cosmétiques, médicaments, aliments) sont-ils suffisamment contrôlés pour la sécurité des consommatrices africaines ? Qui effectue ces contrôles, et comment l’OAC intervient-elle lorsque des produits non conformes circulent dans des réseaux franchisés ?
Au Cameroun, lorsqu’un produit se retrouve sur le circuit de commercialisation, il est sous le contrôle des sectorielles en fonction du produit et du régulateur qui est l’Agence des Normes, qui ont les missions régaliennes de conformité des produits avant consommation.
Les associations de consommateurs sont des bras séculiers de ces acteurs majeurs. Elles ont plus le rôle d’éducation, de sensibilisation et de formation pour un choix éclairé du Consommateur.
Le réseau OAC (40 organisations · 30 pays) : concrètement, comment ce réseau pourrait-il devenir un partenaire actif du développement de la franchise féminine en Afrique — non pas seulement pour défendre les droits, mais pour accompagner les femmes avant, pendant et après la signature d’un contrat de franchise ?
Il serait très important de fédérer les activités des associations de défense des droits des consommateurs et de les capaciter à l’accompagnement des femmes franchisées, car ce secteur est en plein essor en Afrique.
L’OAC a conduit en 2025 une enquête de satisfaction sur les services financiers dans 16 pays africains. Serait-il pertinent de conduire une enquête similaire spécifiquement sur les droits et la satisfaction des femmes franchisées et consommatrices de services franchisés — et l’OAC serait-elle prête à co-produire une telle enquête avec Africa Franchise Forum Magazine ?
L’expérience de l’enquête de satisfaction sur les services financiers en Afrique nous a permis de connaître beaucoup de tares et d’apporter des solutions pour la dynamique du secteur.
Car ces secteurs sont des renforts pour la densité du tissu économique des pays africains. Alors une autre enquête sur les droits des femmes franchisées sera salutaire et nous serons disponibles à y participer.
Message à la femme africaine qui s’apprête à signer son premier contrat de franchise.
Une femme africaine qui s’apprête à signer son premier contrat de franchise vient vous demander conseil. Que lui dites-vous ?
Je lui dirai de lire, de réfléchir et de signer en mettant en avant la compréhension, le respect des normes et la transparence.
Les services auxquels nous souscrivons tous les jours ou que nous consommons sont là pour nous donner de meilleures conditions de vie et permettre notre épanouissement.
C’est la raison pour laquelle il faut exiger la qualité pour assurer la santé tant mentale que physique. Rien ne vaut la vie. Faisons des choix qui nous libèrent et cherchons toujours à nous affranchir des pièges qui sont enfouis dans des mauvaises négociations.
Note éditoriale.
Ngo Issi Mbock introduit dans ce débat une dimension systématiquement oubliée : la femme africaine dans la franchise est à la fois actrice économique et consommatrice. Sa double vulnérabilité — face au franchiseur contractuellement, face aux produits non conformes comme cliente — appelle un double niveau de protection.
L’initiative de co-produire une enquête continentale avec AFF Magazine sur ce sujet représente une avancée concrète et inédite pour l’écosystème de la franchise africaine.
