Awa Gueye
Une entrepreneure du bâtiment qui bâtit aussi l’écosystème de la franchise au Sénégal
Dakar, Sénégal · Octobre 2026
Fiche de contexte
Fonctions actuelles : Directrice Exécutive d’ETHIC Group (associée depuis août 2019, « On construit, on équipe, on livre ») et PDG de CGB2S (depuis mars 2022) : construction et vente de matériel gros œuvre, avec une dimension relations internationales.
Expériences passées : Direction générale d’UNIQ-CONCEPT/ SITC Group au Sénégal (2022-2025) : distribution de matériaux de construction, import-export, construction modulaire préfabriquée. Co-fondation de CGB2S & UK Business. Direction commerciale de Green Globe BTP. Responsabilité des ventes chez Comptoir Moderne. Commerciale en froid industriel et négoce de produits de la mer.
Formation : Diplôme d’études universitaires en finance, Groupe IAM (2012-2015).
Compétences déclarées : Courtage immobilier, immobilier résidentiel, développement commercial international.
Portrait et parcours
Vous passez de la finance (IAM) au commerce, au froid industriel, puis à la construction. Quel fil conducteur relie ces étapes ?
Effectivement, mon parcours peut sembler diversifié : l’IAM, le commerce, le froid industriel, puis aujourd’hui le bâtiment. Mais derrière ces différentes expériences, il existe un même fil conducteur : le développement commercial, l’entrepreneuriat et la recherche de solutions adaptées aux besoins du marché.
J’ai commencé par une expérience au sein d’Ecobank Sénégal, dans le cadre de lancement de l’ouverture des comptes Tigo cash. Cette expérience m’a permis de découvrir un environnement bancaire structuré, le travail en équipe et surtout l’importance de l’organisation et de la relation avec client. Apres cela j’ai fait 4 ans et demi dans un cabinet dentaire en tant que comptable et réceptionniste au sein du cabinet.
J’ai ensuite intégré une équipe tunisienne spécialisée dans le froid industriel, avec laquelle j’ai travaille pendant trois ans. Ma mission était principalement commerciale, autour de l’installation de chambres froides et de la vente de machines au Sénégal et dans d’autres pays africains.
Cette expérience a été particulièrement importante pour moi, Parce qu’elle m’a permis de comprendre que le commerce ne consiste pas seulement à vendre un produit. Il faut comprendre le besoin du client, maîtriser la solution technique, accompagner l’installation et construire une relation durable. J’ai également découvert une dimension régionale du développement des affaires en travaillant avec différents marchés africains.
Après cette expérience j’ai créer CGB2S (Compagnie Gueye Babacar Sy Services) et D’intégrer progressivement le secteur du bâtiment.
Le passage vers la construction n’est pas une rupture avec mon parcours précédent. Au contraire, c’est une continuité. Dans le froid industriel comme dans le bâtiment, j’ai retrouvé les mêmes fondamentaux : identifier un besoin, trouver une solution, travailler avec des équipes techniques, développer une activité commerciale et accompagner le client jusqu’à la réalisation.
Je pense que le fil conducteur, c’est surtout le commerce et l’envie d’entreprendre.
Qu’est-ce qui vous a poussée à créer et diriger vos propres structures (ETHIC Group, CGB2S) plutôt que de poursuivre une carrière salariée ?
J’ai surtout voulu me donner la chance de tester mes capacités et de voir Jusqu’où je pouvais aller seule. Avant j’avais déjà une première expérience dans la construction, notamment pendant cinq mois aux côtés de Mme Iena Diagne, qui a malheureusement quittés pendant la COVID-19. Paix à son âme.
Après toutes ces expériences et les épreuves que j’avais traversées, je me suis dit : « pourquoi ne pas essayer ? Pourquoi ne pas faire confiance à mon expérience ? » J’ai donc crée CGB2S, puis associée à ETHIC Group, avec l’objectif de construire mon propre chemin, d’ouvrir un showroom et surtout de démontrer que je pouvais travailler avec des partenaires internationaux et créer des opportunités à mon niveau.
Votre parcours articule Dakar, la France et la Turquie. Que vous a appris cette expérience internationale sur la manière de faire des affaires au Sénégal ?
Ces expériences entre Dakar, la France et la Turquie m’ont permis de voir les choses à un autre niveau. Elles m’ont donné une vision plus ouverte, davantage de réflexion, mais aussi un esprit de créativité et d’innovation.
J’ai compris qu’au Sénégal, il faut savoir s’ouvrir à ce qui fait ailleurs tout en l’adaptant à nos réalités locales. C’est cette ouverture qui me permet aujourd’hui d’imaginer de nouvelles solutions et de créer des connexions avec des partenaires internationaux.
Quel a été le moment le plus difficile de votre parcours d’entrepreneure, et qu’en avez-vous retenu ?
Le moment le plus difficile a été lorsque mes partenaires turcs ont décidé, de façon soudaine, d’arrêter notre collaboration après quatre ans et demi, dans un contexte de ralentissement des activités de mon pays.
C’est arrivé au moment où je me rendais au Togo pour travailler sur un important projet. Ce n’était absolument pas prévu dans mon agenda. Mais j’ai choisi de garder mon calme, de gérer la situation avec sérénité et de continuer à avancer.
J’en ai retenu une chose essentielle : en entrepreneuriat, il faut savoir s’adapter aux imprévus, rester solide et toujours garder plusieurs portes ouvertes.
Activités et vision entrepreneuriale
Votre signature, « On construit, on équipe, on livre » : pouvez-vous présenter ETHIC Group et CGB2S, leurs métiers et leurs clients ?
CGB2S est une entreprise que j’ai créée pour intervenir dans différents secteurs d’activité et répondre à des besoins aussi bien individuels que professionnels. Avec ETHIC Group, nous sommes davantage orienté vers la construction et l’ingénierie.
Nous accompagnons la réalisation de différents projets : Villas, Maisons, piscines, Hangar, et autres ouvrages.
Je travaille également avec Sofamac dans la commercialisation de la brique rouge en terre cuite, avec laquelle j’ai participé à la réalisation de nombreux projets au Sénégal.
Enfin, SBM holding keur rassoul fait partie de mes premiers partenaires. Je suis régulièrement au showroom dans la vente et la distribution de matériaux de construction et d’accessoires, avec une activité qui s’étend à différents endroits du Sénégal.
Au fond, toutes ces activités ont un point commun : la construction, les matériaux, le commerce et surtout la capacité à accompagner un projet de l’idée jusqu’à sa réalisation.
Vous défendez des matériaux « capables de résister, de protéger et de durer ». Qu’est-ce qui distingue, selon vous, une offre de qualité dans le bâtiment au Sénégal ?
Pour moi une offre de qualité, c’est avant tout des matériaux qui résistent, protègent et durent. Par exemple, avec la Sofamac, j’ai accompagné plusieurs projets au Sénégal. La qualité, c’est aussi une bonne mise en œuvre et des matériaux adaptés à notre climat.
L’objectif, c’est de construire durablement et d’éviter au client de recommencer demain.
La construction modulaire que vous avez portée (écoles, santé, bases de vie, logements sociaux) répond-elle à un besoin spécifique du marché sénégalais ? Quels freins rencontrez-vous ?
Oui, clairement la construction modulaire répond à des besoins très concrets au Sénégal : écoles, postes de santé, bureaux, base de vie ou logements temporaires. Avec l’avantage d’une installation plus rapide et adaptable selon le projet. Il y’a aussi la question du financement et de l’adaptation des solutions aux réalités locales.
Pour moi l’enjeu est de connaître cette technologie et de l’adapter aux besoins réels du Sénégal.
Le principal frein reste surtout la perception du marché.
Comment gérez-vous la relation avec des fournisseurs internationaux tout en garantissant un service local fiable ?
Je privilégie une relation de confiance et un partenariat où chacun trouve son intérêt. Avec mes fournisseurs internationaux, nous construisons des relations solides, avec parfois des conditions de paiement souples : acompte à la commande, solde après un certain délai ou après réception.
La technologie nous facilite aussi beaucoup les choses. Aujourd’hui je peux gérer une commande à distance sans forcément voyager. Le fournisseur prépare et expédie directement le matériel, et je m’occupe du suivi et du service ici au Sénégal.
Pour moi, la confiance, la régularité et le respect des engagements sont les clés d’une bonne relation internationale.
Leadership
Comment décririez-vous votre style de direction ?
Je dirais que mon style de direction repose sur l’écoute, la confiance et la proximité avec le terrain. Par exemple face à un problème sur un projet, je réunis l’équipe, j’écoute les idées et nous cherchons ensemble la meilleure solution.
Un bon leader doit savoir décider, mais aussi faire grandir son équipe.
Quelle place accordez-vous à la formation et à l’accompagnement des équipes, en particulier des jeunes et des femmes ?
J’aime donner aux jeunes et aux femmes l’occasion d’apprendre, de prendre des responsabilités et surtout de croire en leurs capacités. Une entreprise ne doit pas seulement créer des activités, elle doit aussi faire grandir les compétences autour d’elle.
Être une femme à la tête d’entreprises dans le secteur du bâtiment, souvent très masculin : quels obstacles et quelles opportunités avez-vous rencontrés ?
Oui, le bâtiment reste un secteur très masculin, mais mon expérience m’a appris qu’une femme peut y trouver toujours pleinement sa place. Cela demande de l’engagement, de la rigueur, de la dynamique et surtout beaucoup d’apprentissage.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune Sénégalaise qui souhaite entreprendre dans un secteur technique ?
Je lui dirai d’abord de croire en elle et d’être patiente. Dans un secteur technique, il faut accepter de commencer petit, faire des stages, se former, aller sur le terrain et apprendre auprès des personnes expérimentées. Une femme peut parfaitement réussir dans un secteur technique comme le BTP. Il suffit juste d’être ambitieuse, persévérante et ne pas se décourager face aux difficultés.
Pourquoi la franchise ? (Cœur de l’entretien)
Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à la franchise, et à vous y engager activement ?
La franchise s’inscrit assez naturellement dans mon parcours. Je n’ai jamais cessé de chercher des activités et des projets qui peuvent contribuer au développement économique de mon pays.
Je vois au Sénégal beaucoup de concepts qui fonctionnent déjà en Afrique ou en Europe et qui pourraient être adaptés à notre marché. La franchise permet justement de créer des passerelles entre ces entreprises, les investisseurs, les fournisseurs et les entrepreneurs locaux.
Je m’intéresse aussi à des projets plus industriels : la transformation du bois, le lait, les engrais, l’industrialisation ou encore l’implantation d’entreprises étrangères au Sénégal.
Après certaines expériences notamment ma visite de la PIA au Togo, j’ai davantage compris l’importance de structurer ces connexions.
Et je peux dire que la franchise est donc un outil concret pour transférer des savoir-faire, créer des entreprises, développer l’emploi et renforcer les échanges entre le Sénégal, l’Afrique et l’international. C’est naturellement devenu un engagement qui correspond à ma vision.
Pourquoi avoir rejoint l’Association sénégalaise de la franchise ? Que vous apporte-t-elle, et que souhaitez-vous lui apporter ?
J’ai rejoint l’association sénégalaise de la franchise parce que je crois profondément au potentiel de ce modèle pour développer nos entreprises et créer davantage d’opportunités au Sénégal.
L’association m’apporte une meilleure compréhension de l’écosystème de la franchise.
De mon côté, je souhaite apporter mon expérience de terrain, mon réseau professionnel et ma capacité à créer des connexions entre entrepreneurs sénégalais, entreprises africaines et partenaires internationaux.
Mon seul objectif est de faire de la franchise un véritable outil de développement, de création d’emplois et de transmission de savoir-faire au Sénégal.
Selon vous, quel rôle la franchise peut-elle jouer dans la structuration du commerce et la création d’emplois au Sénégal ?
La franchise peut jouer un rôle important parce qu’elle permet de structurer des activités qui existent déjà et de les développer à plus grande échelle. Une entreprise qui a un modèle qui fonctionne peut s’implanter dans d’autres villes avec des entrepreneurs locaux, en leur apportant son savoir-faire, ses méthodes et son engagement.
Cela peut créer des emplois directs et indirects, notamment pour les jeunes et les femmes, tout en permettant aux entreprises sénégalaises de mieux se structurer et de se développer dans les régions.
Votre expérience du bâtiment pourrait-elle inspirer des concepts franchissables (distribution de matériaux, aménagement, services de l’habitat) ? Voyez-vous des opportunités dans votre secteur ?
Je pense qu’il y a de vraies opportunités dans le bâtiment. D’après mon expérience, la distribution de matériaux, l’aménagement, la rénovation et certains services de l’habitat peuvent être structurés en concepts de franchise.
Nous avons aussi intérêt à travailler avec de grandes entreprises européennes de construction et de production de matériaux. Elles peuvent apporter leur technologie, leurs produits et leur savoir-faire, tandis que les entrepreneurs africains apportent leur connaissance du marché et leur réseau local. La franchise peut faciliter cette rencontre et permettre de développer de grandes opportunités dans nos pays africains.
Quels sont, d’après vous, les principaux freins au développement de la franchise au Sénégal : financement, cadre juridique, culture contractuelle, formation des franchisés ?
Les freins sont assez concrets. Le premier est le financement : beaucoup d’entrepreneurs ont les compétences mais pas forcément les moyens pour démarrer une franchise.
Ensuite la formation des franchisés : il ne suffit pas d’avoir une marque pour vendre et développer le réseau.
Enfin, il faut travailler sur les contrats, la confiance entre partenaires et le respect des engagements.
Comment les entrepreneurs sénégalais peuvent-ils devenir franchiseurs et exporter leurs concepts, notamment dans l’espace UEMOA et dans le cadre de la ZLECAf ?
Aujourd’hui l’objectif est le développement et la création d’opportunités pour les citoyens.
Nous allons donc solliciter l’appui de l’Etat et travailler avec nos ministères, pour faciliter la structuration des entreprises, le financement, la formation et l’accès au marché africain.
Quelle place voyez-vous pour les femmes entrepreneures, comme franchisées et comme franchiseuses ?
Les femmes ont toute leur place pour devenir des actrices de premier plan dans le développement de la franchise au Sénégal et en Afrique.
Franchise Expo Dakar
Quel est votre rôle dans la promotion de Franchise Expo Dakar, et qu’est-ce qui motive cet engagement ?
Simple membre de l’association de la franchise expo Dakar, je vais promouvoir, sensibiliser les entrepreneurs, à mobiliser des participants et à créer des passerelles entre les acteurs sénégalais et les partenaires internationaux.
Je travaille également sur la mise en relation et le développement de nouveaux contacts.
Récemment, lors d’un dîner à l’ambassade de France au Cap Manuel, j’ai eu l’occasion de présenter l’événement et d’échanger avec différents acteurs afin de créer de nouvelles connexions.
Quels profils (porteurs de projet, investisseurs, banques, marques internationales) souhaitez-vous attirer, et pour quels résultats concrets ?
Je travaille avec tous, c’est mon profil qui me le permet. L’objectif est de créer des connexions concrètes, faciliter les investissements et favoriser le développement des entreprises sénégalaises et africaines.
Quel bilan tirez-vous des dernières éditions, et qu’attendez-vous de la prochaine ?
Les dernières éditions ont permis de créer des contacts et de rapprocher les entrepreneurs, investisseurs et marques.
Pour la prochaine, j’attends du concret : des partenariats, des investissements, des projets lancés et de nouvelles marques qui viennent au Sénégal et en Afrique.
Que diriez-vous à un entrepreneur hésitant à franchir le pas de la franchise ?
Je lui dirai de ne pas avoir peur de se lancer. Il faut bien étudier le modèle, choisir le bon partenaire et comprendre les conditions. Il faut passer à l’action, se renseigner et poser des questions aux franchiseurs.
Perspectives et conclusion
Quels sont vos projets pour ETHIC Group et CGB2S dans les 3 à 5 prochaines années ?
Nous souhaitons être présents dans plusieurs territoires du Sénégal, y compris SBM holding keur Rassoul, et progressivement dans d’autres pays africains. Je veux développer une grande équipe, créer des emplois et structurer davantage nos activités pour pouvoir travailler à une grande échelle.
Comment voyez-vous le Sénégal dans le paysage de la franchise africaine d’ici 2030 ?
Si nous réussissons notre mission dans le développement de la franchise, le Sénégal pourra devenir une véritable plateforme de franchise en Afrique de l’ouest. Nous pourrons accompagner nos entreprises pour qu’elles se développent dans la sous-région, tout en attirant des marques et des investisseurs internationaux au Sénégal.
Un message pour les lecteurs d’AFF Mag : investisseurs, futurs franchiseurs et institutions ?
Aux investisseurs, futurs franchiseurs, entrepreneurs et institutions, je dirai : la franchise est une opportunité concrète pour développer nos entreprises et créer des emplois en Afrique.
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