La franchise dans un marché difficile : leçons apprises de l’Égypte pour les entrepreneuses africaines sur la résilience, la réglementation et les ambitions régionales.
L’Égypte : 110 millions d’habitants, 600 marques en franchise, 38 % de femmes se déclarant entrepreneures, et pourtant 18 % seulement participant au marché du travail formel. Un paradoxe que Dina Dimitri dissèque avec une précision remarquable.
L’Égypte se positionne au cinquième rang des marchés de la franchise les plus dynamiques de la région MENA.
Dina Dimitri occupe une position singulière dans cette édition : une perspective depuis l’extrémité septentrionale du continent africain, à la croisée de l’Afrique subsaharienne, de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Son point de vue est incontournable pour quiconque veut comprendre les passerelles, et les obstacles, entre la franchise francophone africaine et les marchés du Golfe.

Profil · Mme Dina Dimitri.
L’écosystème de la franchise en Égypte — 2026
Dans le secteur égyptien de la franchise, aucune donnée officielle n’est disponible sur la répartition hommes-femmes parmi les franchisés. Selon votre expérience quotidienne, quelle est la proportion de femmes parmi les franchisés exploitants en Égypte, et dans quels secteurs sont-elles le plus fréquemment présentes ?
Les femmes occupent une place prépondérante dans le monde professionnel contemporain ; au sein de notre entreprise, elles constituent plus de 80 % des effectifs.
La participation des femmes est particulièrement manifeste dans des domaines tels que la mode, la beauté et les cosmétiques, en particulier dans les concepts axés sur l’expérience client et l’engagement envers la marque.
Néanmoins, l’expérience accumulée sur le marché depuis 2006 permet d’estimer que les femmes constituent environ 25 % à 35 % des franchisés actifs, avec une tendance à la hausse significative.
Malgré ces avancées, les femmes demeurent sous-représentées dans les investissements d’envergure ou à forte intensité de capital dans les franchises, souvent en raison de difficultés d’accès au financement et de la complexité opérationnelle.
« Bien que les opportunités pour les femmes se multiplient, le véritable défi réside dans l’expansion et la durabilité de ces entreprises. Il y a une demande croissante pour un cadre juridique clair et spécifique aux franchises, ainsi qu’un alignement plus étroit avec les normes internationales, afin d’assurer une croissance structurée et durable. »
Dina Dimitri · Directrice, Franchise International Consulting
L’Égypte se positionne au 175e rang sur 190 économies dans l’indice WBL 2024. Pourtant, 38 % des Égyptiennes se déclarent entrepreneures.
Comment expliquer ce paradoxe, un fort esprit d’entreprise féminin coexistant avec l’un des environnements juridiques les plus défavorables au monde ? Et comment ce paradoxe se manifeste-t-il concrètement dans les dossiers de franchise ?
Ce paradoxe apparent illustre une réalité structurelle plutôt qu’une contradiction. En Égypte, l’entrepreneuriat féminin est souvent impulsé par la nécessité, de nombreuses femmes évoluant dans des environnements informels ou semi-formels où les contraintes juridiques sont moins rigoureuses.
Cela explique la détermination à entreprendre malgré un soutien institutionnel restreint.
Dans le domaine de la franchise, cela se manifeste par un vif intérêt de la part des femmes, mais avec une approche plus prudente — favorisant les investissements à faible risque et une expansion plus mesurée.
L’ambition est indéniablement manifeste ; néanmoins, la capacité de se développer dépend de l’accès au financement et du contexte commercial global.
L’absence d’une législation spécifique sur la franchise en Égypte est identifiée par l’EFDA comme le principal obstacle au développement du secteur.
Comment cette fragmentation réglementaire impacte-t-elle de manière disproportionnée les femmes candidates à la franchise par rapport à leurs homologues masculins ?
La fragmentation réglementaire en Égypte n’affecte pas tous les investisseurs de manière uniforme ; elle semble avoir un impact plus prononcé sur les femmes.
Avec une tolérance réduite à l’ambiguïté et une sensibilité accrue au risque, les cadres flous constituent un obstacle plus significatif à l’entrée et à la croissance des franchisées féminines.
Une législation précise concernant les franchises pourrait transformer la situation en atténuant l’incertitude et en encourageant des investissements plus confiants.
Toutefois, si elle impose des contraintes réglementaires ou des coûts significatifs, elle pourrait restreindre l’accès au marché plutôt que de l’élargir. Le véritable défi réside non pas dans la réglementation elle-même, mais dans sa conception de manière à favoriser la participation sans l’entraver.
L’inflation dépasse les 30 % par an depuis 2022, avec des taux d’intérêt atteignant jusqu’à 21,25 %. Comment les femmes franchisées, souvent confrontées à des obstacles de financement plus importants, gèrent-elles ces pressions macroéconomiques ?
Dans un contexte de forte inflation, les franchisés ont tendance à adopter des stratégies plus rigoureuses et centrées sur la trésorerie, favorisant la stabilité plutôt qu’une expansion rapide.
Cette approche renforce fréquemment la résilience, en particulier dans les secteurs à demande stable tels que la beauté, les soins personnels et le commerce de détail orienté vers le rapport qualité-prix.
38 % des femmes égyptiennes se considèrent comme entrepreneures ; néanmoins, la majorité opèrent dans le secteur informel. La franchise, qui se distingue par son accompagnement, ses normes établies et son taux de réussite élevé, constitue un modèle idéal pour formaliser ce potentiel. Quels obstacles entravent encore cette transition ? Quelles deux ou trois conditions spécifiques la faciliteraient au cours des cinq prochaines années ?
Les principaux obstacles se situent dans l’accès au financement, la méconnaissance des systèmes de franchise et la complexité des procédures de formalisation.
De nombreuses femmes réussissent dans le secteur informel, mais la transition vers la franchise nécessite des capitaux, une structure et une conformité réglementaire qui ne sont pas toujours aisés à obtenir.
Au cours des cinq prochaines années, cette transition pourrait être considérablement accélérée grâce à trois conditions essentielles : des modèles de financement plus accessibles, des processus réglementaires simplifiés et une meilleure sensibilisation aux normes et aux opérations de franchise.
Combler cet écart ne dépend pas des compétences, mais de l’accès aux systèmes et au soutien appropriés.
Franchise International organise FRANEX, le plus grand événement franchise de la région. Cet événement inclut-il un programme spécifiquement dédié aux femmes franchisées ? Si de telles initiatives ne sont pas encore en place, quelles mesures devraient être envisagées lors du prochain FRANEX ?
Chez FRANEX, l’accent est de plus en plus mis sur l’accroissement de la participation des femmes, non seulement en tant que participantes, mais également en tant qu’actrices engagées au sein de l’écosystème de la franchise.
Cela inclut notamment les efforts visant à améliorer l’accès par le biais de réductions ciblées, de formules de participation sur mesure et de partenariats stratégiques avec des organisations soutenant les femmes entrepreneures, telles que des initiatives comme She Can.
Pour progresser, l’opportunité réside dans la capacité à transcender la simple participation afin d’atteindre une véritable représentation, par le biais de panels spécialisés, de programmes de mentorat et d’un système de mise en relation ciblé entre les investisseuses et les marques franchisées.
L’objectif ne se limite pas à la visibilité, mais vise également à permettre aux femmes d’assumer des rôles plus influents et décisionnels dans le secteur.
L’Égypte constitue un point de connexion stratégique entre l’Afrique subsaharienne et le Golfe. Comment les franchiseurs d’Afrique subsaharienne peuvent-ils tirer parti de l’Égypte comme tremplin vers les marchés du Golfe ? Et inversement, quelles marques égyptiennes ou MENA présentent un potentiel inexploité d’expansion en Afrique francophone Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun ?
L’Égypte constitue un point de connexion stratégique entre l’Afrique subsaharienne et le Golfe, fournissant aux franchiseurs une plateforme lucrative pour évaluer, perfectionner et étendre leurs opérations avant d’entrer sur les marchés plus compétitifs du Golfe.
En revanche, les marques égyptiennes et celles de la région MENA possèdent un potentiel considérable encore inexploité en Afrique francophone, en particulier sur des marchés tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun, soutenues par une classe moyenne en expansion et une demande croissante pour des concepts de marques bien établis.
Cependant, le succès dépend de l’adaptation plutôt que de la simple reproduction, favorisé par des partenariats locaux solides, une compréhension approfondie du marché et une flexibilité opérationnelle.

Note éditoriale.
Dina Dimitri apporte dans cette édition spéciale une double perspective : celle d’une experte de l’écosystème franchise au nord du continent, et celle d’une femme qui a elle-même construit sa légitimité dans un environnement à dominante masculine. Son analyse du paradoxe égyptien, fort esprit entrepreneurial féminin, environnement juridique défavorable, résonne bien au-delà de l’Égypte et s’applique à de nombreux marchés d’Afrique francophone.